
Notre espèce s’appelle « Homo sapiens », ce qui veut littéralement dire « homme sage » en latin. Rien ne vous choque dans cette définition ? Moi, si ! À observer l’actualité, à regarder mes congénères et à me regarder moi-même, « sagesse » n’est pas le mot qui me viendrait naturellement à l’esprit. « Intelligent », ça oui !
Dans cet article, je vais vous donner un exemple actuel d’intelligence : un exemple surprenant, j’en conviens, car tout dépend de la manière dont on définit l’intelligence. Je vous proposerai ma définition de l’intelligence.
Je reviendrai aussi sur l’origine du nom de notre espèce, « l’homme sage ». J’en proposerai un exemple qui montre pourquoi c’est un exemple de sagesse et non d’intelligence. À l’intelligence et à la sagesse qui devraient caractériser notre espèce, j’ajouterai une notion supplémentaire, qui ouvre la voie d’une évolution apaisée pour l’humanité. Mais là, les exemples sont peu nombreux. Ils émanent d’êtres humains hors du commun, celles et ceux qui montrent la voie. C’est peut-être là la clé : faire confiance à ces Sapiens-là, plutôt qu’aux chefs de guerre et à ceux qui clivent. C’est ce que je vous propose de voir aujourd’hui.
Sapiens : l’Homme qui sait discerner
Sapiens vient de « sapere » en latin, c’est-à-dire le participe présent du verbe « savoir. » Il ne s’agit pas seulement du savoir intellectuel, mais aussi d’être capable de discerner ou de juger avec justesse. Retenez bien cela : « discerner ou juger avec justesse. »
C’est Carl von Linné qui, en 1758, a attribué le nom de « Homo sapiens » à notre espèce. Il a caractérisé ce qui fait la différence distinctive de notre espèce en comparaison avec les autres espèces d’hominidés, à savoir sa supériorité cognitive selon les critères du XVIIIe siècle et selon la capacité à raisonner, à réfléchir et à accumuler des connaissances. Cette aptitude à comprendre, apprendre et adapter son comportement s’apparente à « l’intelligence. » Cette capacité à juger avec justesse et discernement s’apparente à « la sagesse. » D’où la traduction de « Homo sapiens » en « homme sage. »
L’intelligence : une arme à double tranchant
Quel exemple pourrais-je trouver pour illustrer l’intelligence humaine ? Il me vient tout de suite à l’esprit ce qui fait la une des chaînes d’information en continu depuis plus de 80 jours : la guerre entre l’Iran, les États-Unis et Israël. Vous allez me dire : « En quoi cette guerre est-elle une illustration de l’intelligence humaine ? »

Imaginez : un pays faible sur le plan militaire, dont l’aviation, la flotte et les défenses aériennes ont été totalement détruites, qui a fait le dos rond pendant les bombardements… et qui parvient à détourner la source du conflit vers un autre sujet : le blocage du détroit d’Ormuz ! Ce pays, qui ne pèse rien face à la puissance des armées américaine et israélienne, est capable de mettre le monde économiquement à genoux et de reléguer au second plan l’initiateur de la guerre : les 400 kg d’uranium enrichi. Autrement dit, il a su trouver le talon d’Achille du plus fort pour le mettre à genoux. Les Iraniens, qui ont perfectionné le jeu d’échecs en provenance d’Inde au VIe siècle de notre ère, sont maîtres en stratégie. Atteindre son objectif grâce à ses capacités cognitives, malgré une extrême faiblesse, est une preuve d’intelligence.
Néanmoins, je vous l’accorde, ce n’est pas mettre son intelligence au service de l’évolution de l’humanité dans son ensemble. Utilisée ainsi, l’intelligence de Sapiens se retourne contre lui-même.
Ma définition de l’intelligence : « C’est la capacité à tirer profit de ses capacités cognitives pour atteindre un objectif. » Et cet objectif n’est pas forcément de faire le bien de l’humanité. Les exemples ne manquent pas pour illustrer que l’intelligence humaine a souvent été mise à contribution pour exterminer son prochain. Ça aussi, c’est ce qui nous différencie des animaux : utiliser notre intelligence à la nuisance de notre semblable. L’intelligence seule ne suffit pas à faire évoluer positivement l’humanité. C’est pourquoi il faut en plus autre chose, la sagesse.

La sagesse : le feu, la première grande invention
Comment illustrer la sagesse de l’Homo sapiens ? Je prendrai sa première grande invention : le feu ! Il y a 2 millions d’années environ, les ancêtres de Sapiens ont maîtrisé le feu, mais c’est Sapiens qui, il y a 300 000 ans, a su l’utiliser de manière véritablement sophistiquée et réfléchie. C’est plus que de l’intelligence. Sapiens a transformé cet élément destructeur en outil de civilisation. Comment ?
- Il a su le transporter ;
- il a compris comment le contrôler (ni trop fort, ni trop faible) ;
- il l’a utilisé pour cuire les aliments, ce qui améliore la digestion, réduit les parasites et augmente l’énergie disponible pour le cerveau ;
- il a pu durcir les pointes de lances pour une meilleure efficacité ;
- enfin, il a utilisé le feu pour sa lumière, prolongeant ainsi la durée de la journée et favorisant les échanges sociaux et la transmission des savoirs, comme de la culture.
Et là, ça change tout pour l’évolution de l’humanité ! La sagesse ouvre la voie à une évolution positive, car elle favorise le développement global en donnant une perspective à long terme. C’est cela qui fait la différence entre un Sapiens intelligent et un Sapiens sage.
Il y a d’autres exemples qu’on peut citer qui ont fait appel à la sagesse en domestiquant quelque chose de dangereux et en ouvrant une ère nouvelle. Par exemple, l’énergie contenue dans un noyau d’atome, appelée « l’énergie nucléaire. » Oui, elle est dangereuse. Oui, elle peut être utilisée comme une arme de destruction massive. Mais quand on l’utilise à des fins civiles, elle améliore le diagnostic médical, elle traite le cancer, elle permet de disposer d’électricité abondante et très bas carbone, quelle que soit la météo, économiquement rentable en garantissant le développement durable sur plus de 60 ans.
La prudence : le troisième pilier
À l’intelligence et à la sagesse, qui forment la spécificité de l’espèce Homo sapiens, j’y ajouterais une notion : « la prudence ». Pourquoi ? Parce que la prudence est l’un des piliers de la sagesse. Faire preuve de prudence, c’est réfléchir et agir après réflexion, en pesant les conséquences. C’est peser les avantages et les inconvénients ; c’est distinguer le bien du mal ; c’est agir pour le meilleur, grâce à la raison. Descartes en parlait dans Le Discours de la méthode : « La prudence est l’application de la raison à la conduite de la vie. »
Des exemples rares : Gandhi, Mandela, le Dalaï Lama
Pourrions-nous trouver des exemples d’êtres humains ayant combiné ces trois notions : intelligence, sagesse et prudence ? Dans l’histoire de l’humanité, ils se comptent sur les doigts d’une main. Je les cite dans mon livre « Comprendre la Spirale Dynamique pour mieux l’utiliser » pour illustrer comment réaliser le saut majeur de conscience qui débloquera la crise existentielle que vit l’humanité aujourd’hui. Il s’agit de Gandhi, Nelson Mandela, le Dalaï Lama… Voici de quelle trempe d’être humain je parle !

Prenons l’exemple de Nelson Mandela. Que fait-il après 27 ans de prison, dans des conditions abominables et dégradantes pour la personne humaine ? Il aurait pu utiliser son intelligence pour se venger. Au lieu de cela, il a fait preuve de discernement. Il a jugé avec justesse ce qui ouvre la voie du développement. Il a fait preuve de prudence en négociant avec ses anciens oppresseurs. Sa sagesse et sa prudence ont consisté à réconcilier les irréconciliables plutôt qu’à se venger. Son intelligence a fait le reste. Pour déterminer la stratégie de sortie de l’apartheid, je vous rappelle que Nelson Mandela s’est fait aider par Don Beck, un disciple de Clare Graves, qui a repris ses travaux après sa mort pour donner naissance à la Spirale Dynamique. Si vous vivez une crise existentielle, choisissez la Spirale Dynamique pour en sortir.
Et maintenant ?
Quand allons-nous cesser d’utiliser notre intelligence pour son propre compte personnel, sa tribu, son parti, son pays, son empire, sa religion ou son idéologie ? Quand allons-nous commencer à utiliser en même temps notre intelligence, notre sagesse et notre prudence au service de l’humanité tout entière ? On devient un véritable Homo sapiens lorsque cette alchimie ouvre la voie d’une nouvelle civilisation.
Alors, pour les prochaines élections, on vote pour qui ? Un Sapiens qui utilise son intelligence pour faire triompher son idéologie en « faisant payer les riches » ou en « renvoyant les étrangers chez eux » ? Ou un Sapiens qui ouvre la voie d’un futur prudent et non violent, à la Gandhi, et sage, c’est-à-dire sans vengeance, à la Mandela ? Rappelez-vous, comme je l’ai évoqué dans mon article sur la peur comme pilier de la propagande, l’utilisation de l’intelligence sans sagesse peut devenir une arme.
