La prise de conscience de nos paradoxes est une source de sortie de notre impasse

Je vous propose un article sur « les paradoxes d’aujourd’hui. » Pourquoi ? Parce que, comme l’écrit Yuval Noah Harari dans son livre Sapiens, « Les contradictions sont un aspect indissociable de toutes cultures humaines. En fait, elles sont ses moteurs et expliquent la créativité et le dynamisme de notre espèce. » Il ajoute : « … la discorde de nos pensées, idées et valeurs nous oblige à penser, à réévaluer et à critiquer. La cohérence est le terrain de jeu des esprits bornés. »

Autrement dit, nous sommes entourés de paradoxes et, non consciemment, nous nous entourons de paradoxes. Mais lorsque nous en prenons conscience, nos paradoxes sont une source d’évolution parce qu’ils stimulent notre réflexion pour faire face aux défis du monde. Si vous voulez sortir de l’impasse de la crise existentielle majeure que nous vivons aujourd’hui, arrêtez-vous une minute et regardez en face vos paradoxes. Quels sont-ils, ces paradoxes d’aujourd’hui ? Et quel serait LE paradoxe qui nous enferme aujourd’hui dans notre impasse ? C’est ce que je vous propose de voir aujourd’hui.

L’hyperconnexion numérique vs. la solitude existentielle

Dans un autre livre, « 21 leçons pour le XXIe siècle », Harari – encore lui – souligne que : « l’un des grands paradoxes de notre époque est que nous avons construit des réseaux sociaux qui nous connectent à des milliers de personnes, tout en nous coupant de nous-mêmes et des autres. Nous sommes devenus des dieux… mais des dieux solitaires. » En effet, nous sommes de plus en plus connectés sur les réseaux sociaux, comme un leurre de liens sociaux, mais nous sommes de plus en plus seuls.

En 2025, l’INSEE a sorti une enquête qui confirme la citation de Harari. Notamment, un Français sur quatre déclare se sentir isolé. Alors que nous passons 6h par jour sur les écrans, suivant le baromètre Digital 2026, 40 % des jeunes de 18-24 ans se sentent seuls malgré plus de 500 « amis » en ligne, suivant l’étude de Santé Publique France.

Notre hyperconnexion numérique crée une illusion de lien social, tandis que notre besoin profond de sens reste insatisfait. Ce paradoxe révèle un déficit de conscience collective.

Le « like » sur les réseaux sociaux remplace le regard et le sourire complice, la poignée de main chaleureuse et le contact humain en général. Quelles sont les causes de ce paradoxe ? Les algorithmes nous proposent des posts et des mises en contact qui convergent tous vers nos croyances, ce qui renforce nos préjugés au lieu de nous ouvrir à la diversité.

Alors que les réseaux dits « sociaux » tendraient à la socialisation, c’est l’individualisme à l’extrême et le communautarisme d’opinion qui se développent.  

Les conséquences sont visibles dans notre société. Cette situation altère notre santé mentale. On assiste à une polarisation des, soi-disant, débats et à une radicalité politique jusqu’à la caricature du camp d’en face ; la fameuse stratégie de l’épouvantail qui annihile le débat et fige la société. Aujourd’hui, si je ne pense pas comme vous, je suis un fasciste ; et suivant votre camp, je suis un fasciste de droite ou un fasciste de gauche. C’est rassurant de se sentir dans le camp du bien et valorisant de lutter contre un grand Satan désigné avec le sentiment de sauver l’espèce humaine ; le tout bien à l’abri et en sécurité derrière son clavier. Nos ancêtres qui ont vécu les deux guerres mondiales étaient bien plus courageux pour lutter contre les extrémistes.

Comment briser le paradoxe ?

À l’échelle individuelle, commençons par la déconnexion consciente du virtuel et reconnectons-nous physiquement à des groupes de discussion et à des associations. À l’échelle collective, il convient de repenser les réseaux sociaux qui sont le plus généralement des lieux de combats verbaux plus que de confrontation d’idées à la recherche de la compréhension mutuelle et du compromis. Imaginez des réseaux sociaux basés sur l’empathie, on peut rêver, non !

Photo de Max Fischer sur Pexels.com

Et sur le plan de l’éducation, quel chantier à repenser ! Einstein disait « Nous passons 15 ans à l’école et pas une fois, on ne nous apprend la confiance en soi, la passion et l’amour qui sont les fondements de la vie.  » En même temps qu’il faut réapprendre à apprendre à lire, à écrire et à compter à nos enfants, il faut aussi ajouter au programme éducatif l’apprentissage de ce qu’est l’empathie et l’intelligence émotionnelle, entre autres ; et au plus jeune âge, dès la maternelle, parce que l’enfant est naturellement empathique et émotionnel. C’est par manque de sollicitation encadrée de ses talents naturels que l’enfant dévie et devient un adulte agressif. L’empathie et l’intelligence émotionnelle ne sont pas des concepts d’une élite. Ce sont des outils pragmatiques de l’apprentissage du vivre-ensemble de demain. C’est vital aujourd’hui pour leur monde de demain.

Alors qu’en France, on axe l’apprentissage sur la connexion à l’écran dès le plus jeune âge à l’école, les pays nordiques, eux, axent l’apprentissage sur la connexion humaine, dès la maternelle et le primaire. On a les adultes et les citoyens qu’on mérite !

  • La Finlande : depuis 2006, le programme KiVa, développé par le ministère de l’Éducation, vise à renforcer l’empathie, la prévention du harcèlement et les compétences socio-émotionnelles. Les résultats montrent une baisse significative des cas de harcèlement (de 16 % à 12 %) et une amélioration du climat scolaire.
  • La Suède : Les élèves suédois ont une heure par semaine dédiée à l’apprentissage de l’empathie, avec pour objectif de comprendre ses propres émotions et celles des autres, favoriser le respect mutuel et réduire le harcèlement. Le système éducatif suédois met l’accent sur la bienveillance et l’inclusion, avec des méthodes pédagogiques axées sur la coopération plutôt que la compétition.
Photo générée par l’IA à partir de WordPress

Harari – toujours lui ! – écrit également dans son livre « Homo Deus » : « Nous créons des intelligences artificielles de plus en plus puissantes, mais nous ne savons même pas ce que signifie ‘intelligence’. Et si, en cherchant à créer des machines intelligentes, nous révélions à quel point nous sommes stupides ? » Dans le programme éducatif de nos enfants, intégrons cette notion fondamentale de ce qu’est l’intelligence humaine et à quoi elle devrait être utilisée et associée à la sagesse. Lire ou relire mon article de la semaine dernière, précisément sur ce sujet.

En conclusion, Harari le résume ainsi : « La vraie question n’est pas ce que l’IA peut faire pour nous, mais ce que nous voulons faire de nous-mêmes. » Alors, allons-nous utiliser l’IA pour renforcer notre sagesse… ou pour l’étouffer ? Après l’ère des réseaux sociaux qui nous isolent, l’IA doit rester un outil à utiliser avec sagesse, pas devenir notre maître ni même un outil de division et de combat.

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