L’humanité boite : 7 béquilles pour lui réapprendre à marcher

Quelles que soient nos opinions politiques, religieuses ou philosophiques, un constat s’impose : l’humanité marche mal. Pas totalement, bien sûr. Les progrès sont immenses : la mortalité infantile a chuté, l’espérance de vie a explosé, et nos conditions de vie n’ont jamais été aussi sûres pour une majorité de la population. Pourtant, les guerres persistent, les divisions s’aggravent, et le compromis semble avoir disparu de notre vocabulaire collectif.

Et si, comme pour un individu blessé, il fallait des béquilles à l’humanité pour se remettre à marcher ? Pas des solutions magiques, mais des outils concrets pour réapprendre à avancer ensemble. Sans dogme, sans utopie : juste des pistes pour rééquilibrer ce qui cloche. C’est ce que je vous propose de voir aujourd’hui.

Crowd of diverse individuals using crutches walking across a vast open landscape

🌍 7 « Béquilles » pour l’humanité

1. La béquille de l’éducation

L’éducation des enfants, c’est LA clé pour préparer l’avenir de l’humanité. Il ne s’agit pas de se limiter à apprendre à lire, à écrire et à compter. Il s’agit d’apprendre à s’ouvrir, à écouter, à entendre, à intégrer la pensée de l’autre et à penser par soi-même, le tout en même temps.

Les solutions existent. Les pays nordiques, comme la Finlande et le Danemark, intègrent l’empathie et la gestion des émotions dans leur système éducatif.  Il convient d’entraîner nos jeunes à cultiver l’esprit critique, à apprendre à distinguer les faits des opinions et à repérer les biais cognitifs.

Pourquoi ça marche ? Une humanité qui comprend avant de juger est une humanité qui coopère, ce qui préparera la seconde béquille.

2. La béquille de la coopération

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Il convient de réapprendre à travailler ensemble. J’ai bien dit réapprendre ! Pourtant, collaborer est la spécificité de notre espèce Sapiens. Collaborer à plus de 50 individus et particulièrement avec une multitude d’individus qui ne se connaissent pas mais qui croient aux mêmes idées qui n’existent pas matériellement, c’est ce qui nous a différenciés à jamais des animaux en général et des primates en particulier, nous dit Yuval Noah Harari dans son livre Sapiens. Aujourd’hui, l’individualisme extrême et la polarisation (gauche/droite, pro/anti tout) bloquent toute avancée collective.

Les solutions existent. Il est possible de créer des espaces de dialogue apaisés, des ateliers citoyens, comme les Conventions citoyennes en France, pour trouver des compromis sur des sujets clivants (climat, santé, etc.). Et comme dans mon village, encourageons les projets collaboratifs, par exemple les jardins partagés qui recréent du lien social. Le modèle islandais entre 2008 et 2010 a montré une voie possible. Des citoyens ont réécrit une Constitution ensemble, sans violence.

Pourquoi ça marche ? La coopération désamorce les conflits et renforce la résilience. La béquille de la coopération prépare la suivante, la régulation.

3. La béquille de la régulation

L’État doit se recentrer sur ses missions de protection et particulièrement cadrer la technologie pour qu’elle nous serve, pas qu’elle nous asservisse. Je veux bien sûr parler des réseaux sociaux qui amplifient les divisions et exploitent nos biais à cause de (ou grâce à, parce qu’ils sont faits pour ça) leurs algorithmes et de leurs filtres. Les partis politiques, les lobbys, les groupes de pression utilisent les réseaux sociaux pour cliver et déréguler.

Les solutions existent. Il convient d’obliger les plateformes à limiter les contenus toxiques, comme le Digital Services Act européen, qui impose des règles contre la haine en ligne. L’État doit protéger les plus vulnérables. C’était l’objet de mon article de la semaine dernière : la majorité numérique fixée à 15 ans à partir de la rentrée scolaire de 2026 tend à protéger les jeunes des dérives des réseaux dits sociaux. Dès l’école, il faut leur apprendre à repérer les fake news sur les réseaux sociaux et dans les médias et à consommer l’information de manière critique.

Pourquoi ça marche ? Une technologie régulée est une technologie au service de l’humain et de l’humanité.

4. La béquille de la santé mentale

Les blessures psychologiques sont de plus en plus répandues. Il convient de soigner les blessures invisibles, l’éco-anxiété, la dépression, le burn-out…

Les solutions existent. Inspirons-nous de la Suède, multiplions les maisons des adolescents déstinées à l’écoute de leurs maux, une spécificité de cette période cruciale de construction d’un futur adulte. Il existe dans certaines entreprises des numéros verts où les cellules d’écoute sont présentes pour repérer et traiter les cas de harcèlement. Il convient de normaliser et de généraliser la parole sur la santé mentale.

Pourquoi ça marche ? Une humanité apaisée est une humanité plus résiliente, capable de faire face à des traumatismes.

5. La béquille de l’écologie

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La crise climatique exacerbe les inégalités et alimente les conflits. Les guerres pour les ressources et les migrations forcées risquent de devenir le quotidien. Il convient de réparer notre relation à notre planète Terre.

Les solutions existent. Il convient de passer à l’action pour dépasser l’anxiété procurée par la peur des conséquences de la destruction de la planète. L’action consiste à réduire le gaspillage, à recycler et à réutiliser, à passer à une économie circulaire. Il faut aussi réconcilier la science avec l’écologie politique, car pour préserver la planète, l’humanité a besoin de la science. Ce n’est pas la science qui est responsable de la destruction de la planète. La science nous donne des moyens d’action. Comme Sapiens est capable du meilleur comme du pire, c’est l’utilisation du pire de la science qu’il convient d’éradiquer pour ne conserver que le meilleur à des fins de préservation de la planète.

Pourquoi ça marche ? Une planète en bonne santé, c’est une humanité en paix.

6. La béquille de la justice sociale

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Des inégalités criantes subsistent. Elles alimentent la colère et les mouvements populistes. Il faut les réduire.

Les solutions existent. Passons de l’égalité inscrite dans notre Constitution à l’équité. Plutôt que de donner à tous la même chose, l’équité adapte les moyens aux besoins de chacun. C’est grâce à l’équité que l’on atteint la justice sociale.

Pourquoi ça marche ? Une société plus juste est une société plus stable.

7. La béquille de la culture

La crise existentielle vécue par nos sociétés provoque la perte de repères et de sens dans l’existence. Elle pousse au rejet de l’autre. L’art et la culture sont des remèdes à ces situations.

Les solutions existent. Prenons l’exemple de l’Estonie, où l’accès à la culture est gratuit pour tous : soutenons donc l’art et la culture. Dès le plus jeune âge, encourageons les pratiques artistiques, c’est un excellent moyen d’exprimer des émotions collectives et de créer du lien.

Pourquoi ça marche ? Une humanité inspirée est une humanité créative.

Alors, quelles béquilles pour l’humanité ?

Aucune béquille ne sera magique. Il ne faut pas s’attendre à un miracle, du type « lève-toi et marche. » Mais toutes ces béquilles peuvent aider à avancer. L’éducation pour penser, la coopération pour agir, la régulation pour protéger… Et si le vrai problème n’était pas que l’humanité marche mal, mais qu’elle a oublié comment marcher ensemble ?

Et vous, quelle béquille ajouteriez-vous à cette liste ? 💬 Partagez vos idées en commentaire !

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