La « transformation » d’un clown en chef de guerre nous interroge sur nos croyances

J’avoue avoir été choqué, oui choqué, par certains articles de presse sortis cette semaine qui titraient notamment « de clown à chef de guerre » en parlant de Volodymyr Zelensky, le chef de l’état ukrainien. J’ai ressenti le mot de « clown » comme un manque de respect. Comme si cet homme avait opéré une transformation qui l’aurait changé du jour au lendemain de l’étiquette qu’on lui avait collée.

Eh bien non ! Cet homme n’a pas changé. C’est toujours le même. Il s’est juste révélé. C’est notre jugement à l’emporte pièce, ce sont nos croyances qui sont prises en défaut. La croyance qui nous amène à croire qu’un comédien, qu’un clown n’est pas quelqu’un de sérieux qui ne pourrait pas faire autre chose que la pantomime et ne pourrait pas avoir de valeurs ni de grandeur d’esprit ni d’autres capacités que de faire rire. Inconsciemment, le cerveau humain catalogue ce qu’il perçoit et le range dans des cases, a minima le bien / le mal, le beau / le laid, le sérieux / la gaudriole etc. Alors d’où viennent nos croyances et nos jugements ? C’est ce que je vous propose de voir aujourd’hui.

L’article en question sur 20minutes.fr

Photo LCI

Avant de développer la provenance de nos croyances que nous nous forgeons non consciemment tout au long de notre vie, je tiens à dire que quelles que soient les apparences, un être humain, normalement constitué, peut devenir un leader, même un clown. La preuve ! Ce qui n’empêche pas d’avoir un profond respect pour cet homme et celles et ceux qui le suivent les armes à la main parce qu’ils font preuve d’abnégation pour leur pays et leurs enfants. Respect !

Pour devenir un leader, il faut trois conditions :

  • avoir des valeurs,
  • être concerné par des circonstances exceptionnelles qui viennent entrechoquer ces valeurs,
  • être détenteur d’une capacité à communiquer une vision sur la base de ces valeurs bafouées en trouvant les mots qui fédèrent autour de cette idée.

S’il manque une de ces trois conditions, le clown ne peut pas devenir un leader. Si on s’accorde à dire que Volodymyr Zelensky est devenu ce leader, c’est qu’il a réuni ces trois conditions. A priori, il n’y avait aucune raison qu’un clown ne puisse pas devenir un leader sur un champ de bataille. Il aura juste fallu des circonstances exceptionnelles, être aux manettes d’un pays agressé par un envahisseur ET trouver les mots qui permettent d’incarner un idéal de liberté bafouée auquel le peuple ukrainien adhère. C’est donc que le clown avait des valeurs. De fait, la première condition était remplie. Et c’est ça que notre jugement issu de nos croyances ne pouvait pas admettre. Dans cette logique, un clown est et reste un clown. Il reste cantonné dans notre croyance.

Photo de Vito Giaccari sur Pexels.com

Avant d’aborder d’où vient cette logique de jugements et de croyances, je vais définir MA définition du leadership qui nait à partir de ces trois conditions réunies que je viens d’évoquer. Cette définition est bien différente des stéréotypes, encore des croyances, selon lesquels le leadership se réduit à fixer un cap que tout le monde suit, à la manière de « maman canard » et de la ribambelle de canetons qui la suivent aveuglément. Non ! Le leadership, ce n’est pas ça.

« Le leadership est la capacité d’une personne à influencer et à fédérer un groupe, pour atteindre un but commun, dans une relation de confiance mutuelle et pour une durée limitée. » Je parle de durée limitée pourquoi ? Pour devenir leader, il faut des conditions exceptionnelles. Et lorsqu’elles ne sont plus réunies, le leader perd son leadership. Winston Churchill en est un excellent exemple, avant et après la seconde guerre mondiale, il a été un homme politique qui n’a pas su fédérer. Il lui manquait la seconde condition, des conditions exceptionnelles pour que ses mots qui ont fédéré puissent résonner « du sang, de la sueur, et des larmes, mais avec la liberté au bout. »

Dans cette logique de croyances qui nous amène à cataloguer ce qu’on perçoit, on s’interroge alors comment est-ce possible qu’un clown ait pu changer aussi radicalement et aussi brutalement ? N’aimant pas le déséquilibre issu d’une dissonance entre les faits et ses croyances et privilégiant systématiquement la simplicité, le cerveau humain va rechercher une explication sans remettre en cause sa croyance ancrée. En l’occurrence, un clown ne pourra jamais être quelqu’un de sérieux, encore moins un leader qui va affronter un dictateur en plein champ de bataille. Savez-vous comme ça s’appelle, ça ? On appelle ça une stratégie cognitive (Lire ou relire mon article sur le sujet). Elle vise à retrouver une cohérence entre les faits et sa croyance, sans la remettre en cause. Rassurez-vous, tout le monde le fait et tout le temps. Ce n’est pas la seule caractéristique des journalistes. Cette logique d’absence de remise en cause de sa croyance vient du fonctionnement même du cerveau humain. Et c’est important d’en prendre conscience, parce que c’est la cause de bon nombre de freins et de blocages que nous rencontrons tous. Si vous avez une croyance selon laquelle « j’ai tout raté dans ma vie » essayer d’entreprendre quelque chose ! Impossible ! La déconstruction des croyances limitantes est un travail qu’on réalise toujours en processus de coaching en s’appuyant sur les croyances aidantes, celles qui permettent d’agir, par exemple « mais je m’en suis toujours sorti !« 

3D render, illustration. medical illustration of the human brain isolated on white

Pour comprendre la logique des jugements et des croyances, revenons à notre cerveau humain. Notre cerveau d’aujourd’hui n’est ni plus ni moins que le cerveau d’un chasseur cueilleur qui n’a pas beaucoup changé depuis 300 000 ans, date de l’émergence de la nouvelle espèce d’hominidés, l’homo sapiens. Je vous invite à vous mettre à la place d’un chasseur cueilleur qui est descendu de l’arbre il y a très peu de temps 3,5 millions d’années, à l’échelle des êtres vivants 4,5 milliards d’années, c’est rien du tout. Ce chasseur cueilleur est doté d’un cerveau évolué qui raisonne, mais qui est maintenant confronté aux prédateurs dans la savane. Cette nouvelle situation a ancré dans l’inconscient de notre cerveau un instinct de survie qui requière d’être encore plus à l’affût du danger que lorsque nous étions dans l’arbre, un refuge sûr. Être doté d’un cerveau évolué est une opportunité, mais, être perdu dans ses pensées présente un réel danger, celui de perdre sa capacité d’être en éveil des moindres prémices d’un danger. Donc, le cerveau est programmé pour apprendre. Apprendre par les sens ce qui est dangereux et ce qui présente un risque. Le cerveau est une machine à apprendre. Il stocke les informations et les classe dans deux cases dangereux / pas dangereux. Élaborer un raisonnement complexe en situation de danger présente un risque vis-à-vis de sa survie. Le cerveau va donc privilégier ce qui est simple, dangereux / pas dangereux et en extension bien / mal, beau / laid, sérieux / clown. Ce sont à partir de ces deux principes (simples !) que le cerveau va fonctionner en priorité, instinct de survie et privilégier la simplicité. De ce stockage simple d’informations se forge les croyances. Par exemple, ce type de bruit ou ce type de forme présente un danger ou est familier. A chaque fois que le cerveau est confronté par les sens à un nouvel événement, il compare avec sa mémorisation et sa croyance et agit par instinct de survie. L’hippocampe du cerveau, siège de la mémoire émotionnelle, est très proche de l’amygdale, un autre appendice du cerveau qui active le mécanisme du stress et de l’instinct de survie par le cerveau reptilien tout en by passant le fonctionnement du cerveau néo cortex, celui qui raisonne. L’hippocampe et l’amygdale du cerveau fonctionnent en automatique et c’est plutôt une chance pour notre survie. Mais il y a le revers de la médaille. Ce fonctionnement automatique et programmé échappe totalement à notre raisonnement et impacte considérablement nos jugements et donc nos décisions, sans en avoir conscience. Si vous en voulez la preuve, interrogez-vous quel est le moyen de transport que vous avez a priori écarté juste après le 11 septembre 2001… Êtes-vous sûr que c’était totalement conscient et assumé ? Sans aucune forme d’irrationalité ?

Que retenir de tout cela ? Lorsqu’on porte un jugement de valeur sur quelqu’un ou une situation et que ce jugement est teinté de blanc ou de noir, interrogeons-nous sur ce qui nous amène à penser que « c’est comme ça et pas autrement. » Quand on généralise, par exemple tous les hommes sont …, toutes les femmes sont …, tous les patrons sont …, tous les syndicats sont …, tous les clowns sont … on catalogue, on généralise, c’est donc une croyance. De même, lorsqu’on a du mal à comprendre le comportement d’une personne et qu’on la juge, généralement en la cataloguant, par exemple « un clown« , c’est qu’on a jugé à l’emporte pièce à partir d’une croyance. Et à chaque fois que les faits viennent en opposition à notre croyance, à la recherche de l’équilibre, nous allons chercher une stratégie cognitive pour renforcer notre croyance, sans la remettre en cause. A l’évidence dans la nature, il y a du blanc et du noir, mais en même temps, il y a toute une nuance de gris entre ce noir et ce blanc. A regarder la photo ci contre, j’ai même l’impression qu’il y a plus de noir que de blanc et pourtant il y a autant de blanc que de noir. Encore une fois, notre cerveau nous joue des tours ! Comme il privilégie toujours en priorité l’instinct de survie, il privilégie toujours le négatif sur le positif, le noir sur le blanc. CQFD.

Si vos jugements et croyances sont des freins et des blocages, le coaching est adapté pour les lever. Contactez moi.

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