La technique d’entretien d’aide à l’explicitation au service du coaching

Quel que soit le domaine, l’émotion qui suit un échec rend difficile l’analyse des causes profondes qui l’ont entraîné. Il en est de même pour une réussite, d’ailleurs ! On a parfois du mal à connaître la motivation profonde qui a conduit à la décision ou à l’action. Alors que cela pourrait être utile pour éviter de reproduire l’erreur ou pour garantir la pérennité de la réussite. On fait généralement des raccourcis. Le cerveau privilégie ce qui est simple. A force, on se construit une représentation de la réalité de sa pratique, des schèmes de pensées et des croyances limitantes ou aidantes. Et on boucle. Il en résulte une auto programmation de ses comportements. C’est difficile d’en sortir, difficile de progresser. Surtout seul et sans outil. En coaching, il existe un tas d’outils, de techniques et de pratiques professionnelles pour aider l’autre à rendre conscient ce qui ne l’est pas, plutôt ce qui ne l’est plus.

Aujourd’hui, je vais vous présenter une technique qui s’appelle « la technique d’entretien à l’aide à l’explicitation. » Comme toute technique, elle est utile dans certains cas. Comme toute technique utilisée, elle doit toujours être au service d’une intention et au service de l’objectif du client. Je vous propose de vous décrire cette technique, d’où vient-elle, vous présenter en quoi elle est utile et puissante. Elle peut servir au coach pour son coaché, au superviseur pour le coach supervisé. Mais finalement, elle est utile à toute personne qui cherche à aider l’autre à s’améliorer par la prise de conscience de sa pratique soit pour en changer parce qu’elle est perfectible soit pour comprendre la profondeur de sa pertinence et garantir sa reproductibilité. Vous pouvez même l’utiliser vous-même, sur vous-même ! Ça s’appelle « l’auto-explicitation » … C’est ce que je vous propose de voir aujourd’hui.

Cette technique d’entretien d’aide à l’explicitation a été créée dans les années 1980 par Pierre Vermersch, chercheur au CNRS. Il crée en 1990, un Groupe de Recherche sur l’Explicitation. Cette technique d’entretien d’aide à l’explicitation est utile pour rendre conscient ce qui ne l’est pas a priori, pour n’importe quel type de pratique. Elle repose sur le concept selon lequel, on mémorise en permanence, consciemment ou non, ce qu’on vit. On conserve en nous une trace mémorielle de ce que l’on vit qu’il est possible de faire revenir à la conscience. Elle utilise aussi les outils de la PNL, programmation Neuro Linguistique.

J’ai été formé à cette technique en 1994 et recyclé périodiquement. Je l’ai utilisée avec des praticiens techniques, avec des managers dans leurs actes de management, en analyse de pratique collective (Voir mon article sur la MA3P, Méthode d’Analyse et de Partage de Pratiques Professionnelles). Je l’utilise aussi en coaching dans le cadre du développement personnel, quand elle est utile à mes intentions.

La technique vise à aider la verbalisation détaillée du déroulé de l’action par celui qui l’a réalisée de manière à accéder à ce qui est inobservable de l’extérieur. On aide ainsi à fouiller l’intérieur et à aller chercher ce qui est caché. Par la verbalisation des informations prises en compte par l’acteur, par la verbalisation de l’enchaînement des actes cognitifs (raisonnement, analyse, compréhension) et des actions réalisées, on l’aide à la prise de conscience de ce qui a conduit à l’action avec au bout du compte, une réussite ou un échec. Ça marche dans les 2 sens !

Avant d’aller plus loin, je vous invite à deux réflexions.

  • La première réflexion autour d’une erreur. Lorsque vous avez réalisé une action qui a conduit à une erreur, si je vous focalise sur le résultat en vous demandant « pourquoi as-tu fait ça ? » Il y a fort à parier que vous aurez toutes les peines du monde à trouver la réponse, pour plusieurs raisons. Puisqu’il s’agit d’une erreur, la question « pourquoi » est teintée de jugement. Vous serez centré sur la justification. Et si spontanément vous aviez la réponse, vous n’auriez jamais fait l’erreur. Il est probable que vous alliez vous refermer comme une huitre récalcitrante. Par contre, si je vous pose la question « pour quoi, c’est à dire qu’elle était ton intention ? Je te propose de me dire comment tu t’y es pris.  » Dans ce cas, vous allez rechercher les prises d’informations, l’enchaînement des raisonnements, l’analyse, la compréhension qui ont amené à la décision et à l’action.
  • Je vous propose une seconde réflexion autour d’une réussite. Lorsque vous avez réussi une action, si je focalise encore sur le résultat et je vous demande « pourquoi ça s’est bien passé ? » Vous serez sans doute concentré sur la joie procurée par la réussite, beaucoup moins sur ce qui a été favorable au résultat. Êtes-vous sûr du même résultat la prochaine fois ? Ne serait-il pas sécurisant de comprendre ce qui garantit le bon résultat ? « Je te propose d’expliciter comment tu t’y es pris précisément pour que ça marche ? « 

La première finalité de cette technique est de comprendre. « Comprendre » , c’est saisir le rapport qui existe entre sa propre pratique et son résultat. « Comprendre » , c’est en percevoir les causes et les conséquences. C’est en l’aidant à expliciter que l’autre comprend. Et « expliciter » , c’est rendre clair et précis.

A la question « pourquoi » , sachez qu’il n’y a pas de réponse, il ne peut pas y en avoir. Par contre, « pour quoi (en 2 mots) as-tu procédé de la sorte ? » , dans le sens de quelle était ton intention, là oui ! On commence à obtenir une réponse qui renseigne sur « la manière dont on s’y est pris » et ce qui a contribué au résultat suivra. Voilà les fondements de la technique d’entretien d’aide à l’explicitation « la manière dont on s’y est pris que l’on clarifie et précise. » Et dans son récit, petit à petit, on va aider l’autre à prendre conscience du grain de sable qui a « enrayé la machine » ou « l’élément déterminant » qu’il faudrait reproduire pour garantir la réussite de la prochaine tentative. La technique va aider l’autre à comprendre son fonctionnement, ses programmations, ses croyances. On rend ainsi conscient ce qui ne l’était pas spontanément de manière à se reprogrammer.

Les points clés de la technique d’entretien d’aide à l’explicitation sont les suivants :

Photo de Edmond Dantu00e8s sur Pexels.com

Etablir un contrat de communication. C’est assez proche du contexte de garantie du contexte bienveillant qu’on établit dans un processus de coaching. Mais nous allons voir ci-dessous que ce contrat de communication est déterminant pour l’explicitation. En clair, celui qu’on aide doit avoir une garantie de confidentialité et de non jugement de valeur de la part de celui qui aide. Pourquoi ? C’est assez simple à comprendre. Lorsqu’on aide quelqu’un à comprendre son erreur, on touche assez vite la prise de conscience de son « incompétence. » Il faut l’avoir vécu pour comprendre que c’est … très inconfortable, surtout face à un tiers. La première question à poser est « Serais-tu d’accord pour t’aider à comprendre ce qui t’a amené à faire ça comme ça, en toute confidentialité, bienveillance et sans jugement de valeur ? » Il faut obtenir le consentement pour poursuivre et réitérer périodiquement ce type de questionnement préalable à la poursuite de l’entretien.

La suite repose sur 4 verbes d’action « initialiser » « focaliser » élucider » « réguler »

Photo de Negative Space sur Pexels.com
  • Initialiser : Cette phase consiste à inviter l’interviewé à choisir la situation singulière suffisamment représentative de sa pratique et qui, a priori, nécessite une recherche de causalité « Mais qu’est ce qui m’a conduit à faire ça ? » ou « Je ne sais pas pourquoi, je n’y suis pas arrivé ? » ou « Cette fois, j’y suis parvenu, mais je ne sais pas pourquoi ? » L’idée est de décrire la pratique qu’elle soit matérielle et / ou intellectuelle. Parfois, il s’agit d’une action précise qui a duré moins d’une seconde, mais sur laquelle on peut rester de longues minutes à expliciter ce qui a amené cette action ponctuelle.
  • Focaliser : Durant l’entretien, toute l’attention de l’acteur est focalisée sur cette situation singulière bornée dans le temps et dans l’espace. Grâce aux outils de la PNL, l’interviewer devra s’assurer qu’il s’agit bien de l’explicitation de la situation singulière et non d’une représentation de la situation, voire d’une reconstitution à partir d’une pratique généralement réalisée.
  • Elucider : On arrive au cœur du questionnement qui vise à « élucider » ce qu’il s’est passé en guidant la verbalisation sur les aspects procéduraux, intentionnels, sensoriels et en repérant les imprécisions, les omissions et les généralisations dans la verbalisation. Le questionnement doit aider l’interviewé à se remettre en évocation, c’est-à-dire revivre les actions conscientes, puis inconscientes, pour mieux décrire sa pratique. Par exemple, « Quand tu dis que tu as fait ça, précisément comme tu t’y es pris ? Je t’invite à le préciser. Où étais-tu ? Que regardais-tu ? Qu’as-tu vu précisément ? » L’acteur est questionné en le positionnant comme observateur de ses propres actions. En explicitation, il prend le temps, ou plutôt l’interviewer doit l’inviter, l’encourager même, à prendre le temps d’observer sa pratique. Dans le questionnement, on bannira le « pourquoi » qui repositionne l’interviewé dans le jugement et l’effort de remémorisation. On privilégiera le questionnement du type « qu’est-ce qui a conduit à » en favorisant l’évocation du déroulement temporel des faits, rien que les faits. Et lorsque la mémoire fait défaut, on fait intervenir les sensations et les émotions qui font appel à la mémoire émotionnelle, la plus performante. Comme par magie, les faits reviennent. La mémoire émotionnelle mémorise à vie les faits corrélés aux émotions. Exemple « où et avec qui étiez-vous le 11 septembre 2001 quand vous avez appris la nouvelle ? » A chaque réponse, on favorisera ce même type de question « Oui OK, mais avant, qu’est-ce qui a conduit à » Au fur et à mesure, on revient en arrière, inlassablement. Et c’est grâce à ce retour en arrière répétitif qu’on va aider l’acteur à mettre le doigt sur la cause profonde. Pour l’avoir pratiqué en qualité d’interviewer, j’ai souvent vu l’acteur s’arrêter au milieu d’une phrase en disant « ah … ça y est … j’ai compris … » alors que moi non, mais … peu importe. C’est une aide à l’acteur pour rendre à sa conscience ce qui ne l’était pas a priori.

  • Réguler : Sans cesse, on doit s’assurer du contrat de communication et repérer les difficultés d’explicitation, pour mieux aider en encourageant, en invitant, en proposant, en demandant l’accord de l’interviewé. Je vais illustrer le type de questionnement et les précautions à prendre pour réguler. Lorsque l’interviewé évoque une dénégation du type « je ne savais plus quoi faire, alors je n’ai rien fait. ». L’interviewer « OK, à ce moment là, tu ne savais plus quoi faire. Si tu en es d’accord, je t’invite à te remettre précisément à ce moment là, ça te va ? OK ! Comment tu t’y es pris pour ne rien faire ? Qu’as-tu fait réellement ? » Déstabilisant comme question, en effet ! Pas tant que ça ! Parce que, si le contrat de communication est bien établi, que l’interviewé est partant pour comprendre, il va répondre à cette question « Que fais-je quand je ne fais rien ? » On ne fait jamais rien, même en dormant, on rêve. Lorsqu’on ne fait « apparemment » rien, on réfléchit, on s’émeut, on exprime une émotion, on s’assoit, on marche etc. Ce moment explicité est riche d’enseignement. La remise en évocation de ce moment précis permet de faire resurgir le non conscient. A la manière du questionnement Socratique, il n’y a plus qu’à tirer le fil de la pelote… Vous aurez remarqué, on focalise de plus en plus sur un moment précis. Vous aurez aussi remarqué que sans cesse on doit s’assurer du contrat de communication établi. Cela permet de préparer l’interviewé à la question qui suit et qui va demander de la ressource. Il faut être conscient que même si on s’assure de son consentement, l’acteur peut vite être épuisé par cet effort d’explicitation. La bienveillance, les encouragements, les pauses, les silences sont autant de moyens de réguler l’entretien.

Une fois avoir mis le doigt sur la cause profonde du résultat de cette situation singulière, il convient ensuite d’aider l’interviewé à la généralisation. Il s’agit de l’aider à définir ce qu’il retient de l’explicitation pour soit éviter le renouvellement de l’erreur soit pour pérenniser les conditions de réussite. On l’aide ainsi à la reprogrammation de son auto-programmation qui conduisent aux résultats qu’il ne souhaite pas ou plus. On l’aide aussi à la consolidation de ses programmations qui conduisent au résultat qu’il souhaite pérenniser.

Dans ses derniers travaux, Pierre Vermersch a travaillé sur l’auto-explicitation. J’avoue que, personnellement, je l’utilise beaucoup dans mon auto-analyse de pratique de mes processus de coaching. Je couple l’auto-explicitation de ma pratique avec un autre concept qui s’appelle « la pratique réflexive » de Donald Schön. Mon intention est de « comprendre à froid » ce qui s’est bien ou mal passé dans ma séance de coaching « de manière à améliorer ma pratique en situation, c’est à dire à chaud. » Pour en savoir plus sur le concept de pratique réflexive, mon article sur l’atelier que j’anime dans ce domaine.

Si vous souhaitez en savoir plus sur cette technique, contactez-moi.

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