
La semaine dernière, j’ai diffusé le premier article d’une trilogie qui présente les trois piliers de la propagande. Samedi dernier, il s’agissait de l’utilisation de la peur de la part des propagandistes qui a pour but d’inhiber votre raisonnement pour activer votre instinct de survie. Cette semaine, je vais donc aborder le second pilier de la propagande, à savoir l’utilisation de la méconnaissance pour poursuivre le conditionnement et la manipulation des esprits.
« L’ignorance et les préjugés sont les servantes de la propagande » disait Kofi Annan. Mais comment la méconnaissance est utilisée et comment l’ignorance est entretenue ? C’est ce que je vous propose de voir aujourd’hui.
La méconnaissance et le maintien dans l’ignorance comme outil stratégique et mécanisme de contrôle des individus
À des fins de manipulation, la méconnaissance est produite, entretenue et exploitée. L’agnotologie (étude de l’ignorance cultivée) montre comment les États, les industries, les médias, les institutions en général créent délibérément du doute ou de la confusion pour influencer l’opinion. Par exemple, l’industrie du tabac a financé des controverses scientifiques pour semer le doute sur les dangers du tabac, maintenant ainsi les consommateurs dans l’ignorance et prolongeant la commercialisation de ses produits.
La surcharge d’informations pour vous rendre passifs et donc vulnérables

Les propagandistes ont besoin de créer un contexte de saturation d’informations, vraies ou fausses, peu importe. Donald Trump est expert dans ce domaine ! Néanmoins, sans avoir besoin de l’organiser volontairement, par les médias et les réseaux sociaux, notre société est aujourd’hui saturée d’informations. Il devient très facile de noyer les faits pertinents sous un flot de données contradictoires ou anecdotiques. Les individus, submergés, finissent par renoncer à chercher la vérité, ce qui les rend passifs et donc plus vulnérables aux messages simplistes et intentionnellement émotionnels.
Reportez-vous à mon article de la semaine dernière qui parlait de l’utilisation de la peur. Sachez que tout ce qui touche à l’émotion marque à jamais notre mémoire. Je suis sûr que, si l’information des événements du 11 septembre 2001 vous ont émotionnellement marqué, vous vous rappelez exactement où vous étiez, avec qui et ce que vous faisiez. Toutes les informations et tous les événements associés à une émotion forte de peur, de colère, de tristesse ou de joie sont marqués à jamais dans l’hippocampe, siège de la mémoire émotionnelle. Cette association est ensuite utilisée par l’amygdale du cerveau pour vous conditionner aux stimuli de vos sens. Je l’ai évoqué dans l’article de la semaine dernière. Dans le flot d’informations des médias et réseaux sociaux, inconsciemment, votre cerveau trie les informations selon les émotions générées et les comparent à ce qu’a stocké votre hippocampe. En quelques millisecondes, l’amygdale vous a conditionné. Imparable !
Le contrôle de l’accès à la connaissance à des fins de conditionnement

Certains régimes ou groupes d’intérêt limitent l’accès à l’éducation, à la presse libre ou à des sources critiques, maintenant ainsi une partie de la population dans un état de dépendance intellectuelle. L’ignorance entretenue devient alors un outil de domination, car « celui qui contrôle l’information contrôle la pensée. »
Mieux ! Par son statut, un professeur des écoles, un ministre, un journaliste, un avocat, un juge, un PDG, etc. oriente plus ou moins consciemment ses propos à partir de ses croyances et convictions. Il y a bien des codes de déontologie qui devraient permettre d’encadrer les différentes professions. Encore faut-il un organisme de contrôle indépendant qui contrôle strictement son application et surtout (surtout !) qui ait un moyen coercitif de faire appliquer ses règles.
Je vous partage un exemple concret, vécu récemment. Lors des dernières élections, un enfant de 8 ans dans ma famille m’a rapporté que son professeur des écoles avait abordé le sujet en classe. Voici ce qu’il en avait retenu, je cite : « Il y a la droite et la gauche. La droite vole l’argent des pauvres, qui sont à gauche. » Inutile de préciser sa réponse quand je lui ai demandé pour qui il voterait s’il en avait l’âge… C’est du vécu, pas une caricature.
Moi qui pensais que l’éducation avait pour mission de favoriser le libre arbitre chez les futurs citoyens responsables, afin qu’ils puissent se forger leur propre opinion. CQFD, voici Ce Qu’il Faut Dénoncer !
Bien sûr, tous les professeurs des écoles ne partagent pas cette approche. Pourtant, par son statut, un enseignant influence une classe entière avec sa vision du monde. Une question s’impose alors : quelle instance indépendante contrôle et encadre le respect du code de déontologie de la profession ?
Le maintien dans l’ignorance, la tactique de la propagande
Une fois qu’une information ou un événement est associé à une émotion et donc stockée en mémoire, le propagandiste en fait une généralité, en omettant tous les autres contre exemples qui font la majorité. Par exemple, tous les étrangers sont dangereux, tous les riches sont méchants. Comme votre cerveau agit en priorité pour l’instinct de survie, vous retenez encore mieux ce qui constitue un danger. Imparable !

Notre société est aujourd’hui arrivée à un niveau de complexité telle que le citoyen lambda ne peut pas tout connaître. Il maîtrise son champ d’activité professionnelle, certes, mais pas l’ensemble des domaines de notre société. C’est un terrain favorable. C’est là qu’intervient un ingrédient subtile utilisé par les propagandistes, l’incertitude qui va créer le doute chez le citoyen qui ne maîtrise pas le sujet. On fait alors appel au message « d’un expert. » Par définition, la science, c’est la culture du doute. Le propagandiste va alors utiliser l’expert qui doute sur les conséquences d’un événement ou d’une information. Dans un but de propagande, on n’a pas besoin d’aller jusqu’à l’analyse du risque engendré et des mesures de précaution mise en place pour maîtriser le danger. Le doute suffit à créer l’incertitude, l’inquiétude, la crainte, jusqu’au « principe de précaution » inscrit aujourd’hui dans la constitution, comme arme d’interdiction de tout ce qui serait dangereux. En répétant le message inlassablement, la crainte se transforme en peur. Et on boucle ! Peur, méconnaissance, répétition, peur, etc… Imparable ! Certains domaines échappent pourtant au « principe de précaution ! » Comme la voiture qui fait 8 morts par jour sur les routes de France, par exemple.
La propagande parle toujours de danger. Par exemple, le nucléaire, c’est dangereux. Pourtant aucun mort par le nucléaire civil en France, depuis son utilisation. Et pour l’utilsation de la voiture qui fait 8 morts pas jour en France, « si on fait attention, ça ne risque rien ! » Imparable !
L’objectif est simple. En entretenant l’idée que « personne ne sait vraiment », les propagandistes discréditent les experts et les contre-pouvoirs, rendant toute remise en question impossible. Cela permet de faire accepter des idées ou des politiques sans débat réel. Imparable !
Pourquoi un message simple marque-t-il mieux les esprits ?

La réponse à cette question vient du fonctionnement inné de notre cerveau. Dans mon article de la semaine dernière, je vous ai rappelé qu’il y a 12 000 ans à peine nous étions des chasseurs-cueilleurs dotés d’un cerveau capable de raisonner. Cette formidable opportunité pour notre évolution est un lourd handicap quand je suis confronté à un prédateur au milieu de la savane africaine. Et depuis 12 000 ans, le fonctionnement inné de notre cerveau a peu évolué, même avec un changement radical de notre environnement.
Dans l’article précédent, je vous ai expliqué comment la programmation de l’amygdale permet de retrouver un comportement instinctif pour garantir la survie. Ce n’est pas tout. Le cerveau ne pèse que 1,4kg, cela représente 2% du poids du corps. Et pourtant, le cerveau est, de très loin, l’organe le plus glouton en énergie ! De jour comme de nuit, le cerveau humain consomme 20% de l’eau, de l’oxygène et du sucre que vous consommez. Le cerveau est donc programmé à l’autonomie. Plus c’est simple, moins le cerveau a à raisonner, moins il consomme d’énergie, plus il prend ! À un message généralisé du type « tous les riches volent l’argent des pauvres » ou « tous les étrangers représentent un danger » votre cerveau va filtrer les messages simples du type « il faut prendre l’argent aux riches » ou « renvoyer les étrangers chez eux. » C’est tellement simple qu’on se demande même pourquoi on n’y avait pas pensé avant ! À ces solutions simples et populistes associées à la peur, vous pouvez toujours argumenter par des éléments rationnels, le cerveau devient hermétique. Cela revient au comportement d’un chasseur-cueilleur qui a été confronté à un prédateur dans un coin de la savane et qui systématiquement fait un détour, machinalement. La simplicité contribue à l’instinct de survie. Imparable !
En résumé
Je résume les deux articles sur l’utilisation de la peur et de la méconnaissance ainsi : on colle une étiquette « DANGEREUX » sur le front de la cible à abattre, c’est la stratégie de l’épouvantail, puis on simplifie la solution en utilisant la méconnaissance des destinataires qu’on souhaite conditionner.
L’utilisation de la méconnaissance et le maintien dans l’ignorance est une manipulation des esprits. L’objectif est de créer des préjugés et des stéréotypes. La propagande les renforce. Et par « principe de précaution » on évite de les confronter à des faits ou à des débats contradictoires. Le troisième pilier de la propagande est la répétition des messages anxiogènes. Pour ancrer les préjugés, comme un rappel de vaccin qui réactive l’immunité, il faut marteler l’information associée à l’émotion. C’est imparable ! Ce sera l’objet de l’article de la semaine prochaine.
Merci beaucoup. Il y a aussi une culture de la peur, enseignée implicitement par nos parents, la société ?Le principe de précaution en serait une forme ?Amicalement Jean-Pierre Envoyé depuis mon appareil Galaxy
J’aimeJ’aime
Merci à vous pour le commentaire. Oui le principe de précaution est une forme de culture de la peur entretenue. Comme je le dis dans mon article précédent « Celui qui contrôle la peur des gens devient le maître de leurs âmes. »
J’aimeJ’aime