Ma décision éclairée par un savoir ou aveuglée par une croyance ?

Savez-vous combien de décision votre cerveau prend en une minute ? Une récente étude a montré que votre cerveau prend 35 000 décisions par jour, soit 24 décisions par minute, soit une décision toutes les 2 secondes environ. Une autre étude montre que lorsque votre décision est prise, votre cerveau vous l’a déjà suggérée, 11 secondes auparavant… Houlà ! Ça ébranle des croyances tout ça, non ? En tout cas, la croyance selon laquelle je maîtrise mes décisions ! Alors bien sûr, toutes les décisions n’ont pas un caractère vital pour votre avenir. Mais quand même ! Cela a de quoi interroger notre processus de décision. Comment se passe mon processus de décision ? Et sur quoi je me base consciemment ou non consciemment pour décider ? C’est ce que je vous propose de voir aujourd’hui.

Le cerveau humain a une capacité rare. Il se programme en permanence. Ça se comprend, compte tenu de pour-quoi, en 2 mots, il est programmé lui-même ; à savoir, le cerveau est programmé pour préserver notre vie assurer « l’instinct de survie. » C’est sa première programmation. Pour être totalement prêt à agir « automatiquement » face à une menace, même lorsque vous dormez, il a besoin d’avoir des programmations de comportements et de décisions. De plus, le cerveau pèse 1,2kg, soit moins de 2% du poids du corps mais c’est l’organe qui consomme en proportion le plus d’eau, de sucre et d’oxygène réunis. Et de très loin ! Savez-vous que 20% de ce que vous absorbez est consommé par votre seul cerveau qui ne représente que 2% de votre poids ! La seconde programmation du cerveau est donc « l’économie. » C’est la seconde raison pour laquelle il privilégie toujours ce qui est programmé, à ce qui va lui demander un effort. Ce n’est pas de la fainéantise, il est programmé pour économiser l’énergie absorbée par le corps. Sa seconde programmation découle en fait de la première. Comme le cerveau est programmé pour l’instinct de survie en priorité, comme le chasseur cueilleur d’il y a 200 000 ans, il s’économise. C’est, entre autres, pour ça que parmi tous les hominidés nous, les homo sapiens, sommes encore là. En résumé, plus c’est simple, plus le cerveau prend et se programme. Je vous invite à relire une seconde fois la phrase précédente en caractère gras et de vous interroger en quoi cela peut être facilitant pour vous ou dangereux si d’autres s’en servent à vos dépends… Poursuivons.

Je ne vais pas vous « apprendre » – le verbe est bien choisi me semble-t-il ! – qu’apprendre demande des efforts ! Donc, soit j’ai appris et je sais, l’effort est fait, ou alors je vais me baser sur ce que j’ai entendu, lu par-ci par-là, c’est moins consommateur d’énergie ! Si celui que j’écoute titille mon cerveau reptilien, siège de l’instinct de survie, alors, mon cerveau va être attentif parce qu’il va identifier « une menace. » Un processus automatique du cerveau se met alors en marche conformément à « l’instinct de survie de l’homo sapiens. » Sur une menace identifiée, l’amygdale, une partie du cerveau limbique qui est le siège des émotions, va alors inhiber le fonctionnement du cerveau préfrontal. Le cerveau préfrontal est le siège du contrôle rationnel des émotions et de l’humeur. Une fois cette partie du cerveau déconnectée, ce n’est plus votre raisonnement rationnel qui décide de votre comportement mais votre programmation de « l’instinct de survie. » Votre cerveau va faire appel à sa programmation de décision et de comportement.

C’est une faille du cerveau humain. C’est un processus machiavélique que les idéologues, les propagandistes, les populistes de toutes les couleurs, les publicistes aussi, connaissent. Ils utilisent les failles du cerveau humain depuis la nuit des temps. Puisque vous savez ça, soyez vigilant ! Ils utilisent comme terreau la méconnaissance et agitent le chiffon rouge du danger aux non sachants qu’ils maintiennent dans l’ignorance, en n’oubliant pas de cibler le coupable, responsable de tous les maux, le grand Satan. C’est redoutable d’efficacité. L’histoire regorge d’exemples qui a permis de mobiliser des nations entières tels des robots pour l’inimaginable. Une fois le cerveau programmé par une croyance bien ancrée, lorsque j’ai à émettre un avis, prendre la parole, écrire sur mon clavier d’ordinateur un commentaire sur un réseau social, prendre une décision, me comporter etc. il y a deux seules solutions. Soit je suis éclairé par un savoir qui m’a demandé un effort ; soit je suis aveuglé par une croyance qui n’a demandé aucun effort et je suis programmé pour penser, parler, agir. Plus haut je parlais de machiavélisme. En effet, celui (celle) qui s’est programmé(e) a la ferme conviction qu’il (elle) a fait lui-même (elle-même) le raisonnement, puisque c’est son cerveau qui a fonctionné. En réalité, il s’agit plutôt de la subtile utilisation de la programmation de son cerveau par des personnes manipulatrices.

Et ça, je n’y peux pas grand chose. Sauf si ! Sauf si je connais le fonctionnement du mon cerveau d’homo sapiens. Si je sais comment mon cerveau est programmé et lorsque j’entends un raisonnement simple – simpliste – qui vise le responsable de tous les maux et la solution évidente servie sur un plateau, alors je dois redoubler de vigilance. Pourquoi redoubler de vigilance ? Parce qu’une fois la croyance bien ancrée, il est très difficile de revenir en arrière ! Albert Einstein le disait « il est plus facile de désintégrer le noyau d’un atome qu’un préjugé. » Un préjugé ! Pré-jugé ! C’est à dire une croyance, une opinion préconçue comme imposée par un contexte, une mode, un environnement, une culture, la répétition surtout ! Un ministre de la propagande de sinistre mémoire disait « Plus c’est répété, plus le peuple le croit et plus ça devient une vérité ! » Je vous invite à vous interroger sur l’impact non conscient de la demi-heure de publicités avant le film du soir à la télévision… Une fois devant l’étalage du magasin, quelle décision prenez-vous ? Quel paquet choisissez-vous ? Le paquet de couleur bleue ou celui de couleur … verte ? Où est la part de rationalité et la part de programmation ? Une fois dans l’isoloir, où est la part de rationalité et la part de programmation ?

Une autre caractéristique du cerveau qui conditionne notre processus de décision. La mémoire ! LES mémoires devrais-je dire puisqu’il en existe 5 différentes. Et parmi ces 5, il en existe une qui est inaliénable puisqu’elle touche … notre instinct de survie, encore une fois. C’est la mémoire émotionnelle. Lorsqu’un fait est associé à une émotion, quelle qu’elle soit, peur, colère, tristesse ou joie, votre mémoire émotionnelle l’a gravé à vie. Il suffit de évoquer à nouveau ce fait et la pression émotionnelle resurgit avec la même intensité. A force de répétition, la pression émotionnelle peut aussi s’intensifier ! Vous ajoutez à cela que le cerveau limbique, siège des émotions, fonctionne 10 fois plus vite que le cerveau néo cortex celui qui analyse, vous aurez compris que ce qui vous a créé une émotion par le passé va court-circuiter le processus d’analyse de la décision et va vous servir sur un plateau la solution toute faite.

Lorsque dans la vie, on a des décisions importantes à prendre, importantes dans le sens qu’elles vont conditionner notre vie future, on dit qu’elles demandent « mûres réflexions. » Ce n’est peut-être pas la décision elle-même à réinterroger. Il conviendrait plutôt de réinterroger le processus qui a conduit au choix qui s’est focalisé sur une solution « évidente » en occultant non consciemment d’autres. Cette solution évidente s’est-elle basée sur un savoir ou une croyance ? Sur quoi a-t-on basé la réflexion ? Quelle est la part de rationalité et la part de programmation ?

Voici quelques pistes pour réinterroger votre processus de réflexion. C’est plus ni moins ce que vous faites en processus de coaching, avec votre coach !

  • Ce qui est important pour vous, ce qui est prioritaire pour vous, vos valeurs donc et sur le comment vous allez satisfaire vos besoins vitaux qui vont nourrir vos valeurs.
  • Vos croyances. Les croyances aidantes et surtout vos croyances limitantes, celles qui vous limitent dans vos choix et vos décisions, comme un boulet, comme je l’ai évoqué ci-dessus. Le questionnement de type Socratique utilisé en coaching vous permet faire le distinguo entre votre savoir et vos croyances, parce que, au fur et à mesure, il vous permet de vous libérer de vos émotions. Le raisonnement devient analytique.
  • Le triangle de la décision
    • ce que je veux faire, la finalité
    • ce que je peux faire, la déontologie, l’éthique, la morale et mes capacités
    • ce que je dois faire pour que la décision soit raisonnée et qu’elle ne reste pas un voeux pieux

Alors oui, ça demande un effort. Mais durant un processus de coaching, vous allez vous re-programmer ! Vous allez rendre conscient votre processus de décision et diminuer la part de non-conscience. Mais cette re-programmation, c’est vous qui la faite. Le coach n’est là que pour vous y aider. Si vous exprimez le besoin d’y voir clair dans votre processus de décision sur un choix de vie, contactez-moi.

3 commentaires sur “Ma décision éclairée par un savoir ou aveuglée par une croyance ?

  1. Très intéressant, merci pour ce post.
    On peut peut-être aussi se demander si la croyance ne solliciterait pas le cerveau davantage qu’on ne le dit: la peur constante de remettre en questions nos si précieuses croyances, la « nécessité » de se mettre systématiquement sur la défensive dès qu’elles sont contredites, tout cela n’est certainement pas neutre en terme de dépense d’énergie. La croyance épuise peut-être plus notre cerveau que le savoir 🙂

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    • Merci pour votre commentaire Alain Orsot. Nos croyances épuiseraient-elles notre cerveau ? J’en doute. Je penserais plutôt que la croyance évite le raisonnement. En s’appuyant sur une croyance, le cerveau fait l’économie de l’analyse, « C’est comme ça ! »
      J’ai écrit un autre article sur les croyances, qui illustre « l’allégorie de la caverne de Platon. » On préfère rester dans sa caverne, avec ses croyances, c’est plus sécurisant, plutôt que d’en sortir et se mettre en danger.
      https://laconfianceenvous.coach/2019/01/19/comme-lesclave-de-nos-croyances/

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      • La croyance entretient le confort en effet, nous « protège » contre les remises en question qui nous insécurisent. En cela, oui je suis d’accord, elle nous laisse dans les chaines d’une douce illusion comme les individus de la caverne de Platon.
        Mais entretenir cette forteresse au quotidien, c’est aussi selon moi utiliser du « temps de cerveau » (peut-être plus inconsciemment qu’en raisonnant et en analysant), c’est demeurer dans une forme de rigidité intellectuelle qui, tel un muscle que l’on conserve tendu afin d’être prêt à bondir en cas de danger, finirait par nous épuiser ?

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