Entre cri de rage et cri du coeur

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Lorsqu’on écoute une conversation dans la vie de tous les jours, en famille, dans le travail, quand on parcourt les réseaux sociaux, quand on écoute un débat à la télévision, on est parfois frappé par ces cris de rage qui sortent de la bouche des protagonistes ou du clavier de l’ordinateur derrière lequel l’enragé s’est réfugié. On aurait même comme élan premier de surenchérir … non ? D’où viennent-ils, ces cris de rage ? Y a-t-il une explication ? Serait-ce possible de faire autrement ? A cela, on nous répondrait « Ah oui je vois le genre, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ! Non non ! On n’est pas dans le monde des Bisounours ! » Sans tomber dans cette extrémité qui serait, bien évidemment en dehors de tout réalisme, y aurait-il une autre solution que de « mordre » ? Plutôt qu’un cri de rage, le cri du coeur ? Plutôt que d’exprimer de la violence, on exprimerait quoi ? Et ça permettrait quoi ? C’est ce que je vous propose de voir aujourd’hui.

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Que se passe-t-il dans nos échanges avec les autres ? Comme disait Marshall Rosenberg, psychologue américain, nos cultures sont régies depuis 3000 ans par des dogmes qui ont introduit les notions de bien / de mal, de récompense / de punition, de vrai / de faux. Depuis cette époque, en réaction à la violence des personnes sans foi ni loi, nous avons alors été éduqués sur ces dogmes qui aboutissent à ce que chacun de nous exprime des jugements par rapport à cet antagonisme du bien / du mal. Et parce qu’il est apparu plusieurs dogmes, ils sont alors devenus antagonistes eux aussi. Ils ont donc de nouveau abouti à la violence. Retour à la case départ ! L’histoire est truffée d’exemples, l’inquisition, les buchers, les croisades, la Saint Barthélémy etc. Aujourd’hui encore, les guerres entre dogmes religieux n’ont pas cessé.

En dehors de toutes religions, nous avons aussi chacun notre vision du monde et donc nos dogmes et nos vérités. Et lorsque quelqu’un affiche sa vérité à lui, on la juge d’abord, et on la combat ensuite. Carl Gustav Jung disait « Réfléchir, c’est difficile. C’est pourquoi la plupart des gens jugent ! » Par conditionnement éducatif et culturel, nous sommes programmés comme cela. Et ce type de situation est rassurant en quelque sorte, c’est un schéma conflictuel qu’on maîtrise depuis des générations. Tu as tord et j’ai raison. C’est sans fin. Difficile dans ces conditions pour que l’espèce humaine avance dans la mesure et en recherchant des compromis. Dans ce schéma, on n’atteindra son propre bonheur qu’au dépend des autres. Il doit y avoir un vainqueur et un vaincu. Et oui !

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Dans les années 1970-1980, un certain Marshall Rosenberg, psychologue américain, a introduit la notion de CNV, la Communication NonViolente. Il est parti de ce constat de l’éducation basée sur les jugements qui n’aboutissent qu’au combat armé verbal ou physique. Il a bâti son concept en disant que « les jugements portés sur autrui sont des expressions détournées de nos besoins. » Autrement dit, nos jugements proviennent de nos besoins non exprimés et donc non satisfaits. Son concept ne se réduit pas à réprimer ses émotions pour éviter la violence. Ce serait la contenir pour qu’elle explose encore plus forte après. Je dirais bien au contraire. Ce n’est pas non plus le monde des bisounours, où on tend la seconde joue après avoir reçu un coup sur la première. Mon émotion, quelle qu’elle soit, est légitime, elle a son histoire, c’est mon histoire, mon expérience, mon vécu, mon éducation, ma culture. Si j’entends les propos de mon interlocuteur et que monte une charge émotionnelle, c’est qu’il vient de toucher quelque chose d’important pour moi. A chaque émotion, est associé un besoin. Un besoin de réconfort, s’il s’agit de la tristesse. Un besoin de protection, s’il s’agit de la peur. Un besoin d’écoute, de compréhension et de respect, s’il s’agit de colère. Un besoin de partage, s’il s’agit de la joie. Eh bien, quel que soit le besoin, j’ai le droit de l’exprimer. Et cela va baisser la pression interne que le stimulus affectif a fait naître. C’est pour cela qu’on parle d’EX-pression d’une émotion, on sort la pression vers l’extérieur, pour assurer mon intégrité physique. Et pour éviter la violence, Marshall Rosenberg nous invite à conscientiser ce qu’il se passe en nous pour nous connecter au besoin engendré par l’émotion qui naît.

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Au lieu de mordre et de crier comme un chacal, (c’est l’animal qu’il avait choisi pour symboliser le cri de rage), il propose de crier comme une girafe avec le cri du coeur. Pourquoi une girafe ? Il a pris la girafe comme symbole de la CNV, parce que c’est le mammifère terrestre qui a le plus gros coeur. Comme la girafe a un très long cou, pour amener le sang du coeur au cerveau, il faut un gros coeur. La girafe est en fait l’image de la montée au cerveau ce que l’on a dans le coeur, notre besoin engendré par notre émotion. Quelle belle image !

Marshall Rosenberg nous propose alors d’exprimer notre émotion par l’expression de notre besoin, le cri du coeur. Plutôt qu’un jugement « TU es vraiment bête de penser ça ! » , je dois être en préalable centré sur soi, je lui exprime mon besoin « J’ai besoin d’être écouté, compris et respecté. » Vous aurez repéré l’utilisation du JE en remplacement du TU qui tue … Plutôt que de répondre au coup de hache par une rafale de kalachnikov, on propose à notre interlocuteur de lui faire part de notre besoin, à partir de notre ressenti. Lui, qui aura fait une amorce en attendant la réplique violente, est devant une demande de satisfaction de notre besoin. Pas préparé à cela ! Si votre interlocuteur a au moins un point commun avec vous, un lien de sang (famille), un lien d’amour (conjoint, compagnon), un lien d’appartenance (entreprise), un lien d’amitié etc. il pourra être tenté d’écouter votre demande et pourquoi pas y répondre. De toutes façons, si à l’amorce violente, vous avez répondu par la violence, vous savez à quoi vous attendre, pas de surprise ! Alors, pourquoi ne pas essayer de parler avec votre coeur de manière à susciter l’envie à l’autre d’en faire de même. C’est la définition même de la Communication NonViolente, « Le langage et les interactions qui renforcent notre aptitude à donner avec bienveillance et à inspirer aux autres le désir d’en faire autant. » Inspirer la bienveillance des autres, par votre posture bienveillante …

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Maintenant que votre pression émotionnelle est sortie, vous avez créé les conditions pour être disponible à votre interlocuteur. Et puisque vous aurez fait preuve d’auto empathie sur vous, à l’écoute de vos besoins, il faudra maintenant faire preuve d’empathie vis-à-vis de votre interlocuteur. Parce qu’il a une autre vision du monde que vous, il a donc sans doute ressenti un stimulus affectif par rapport à votre propos, il a aussi le droit d’exprimer son émotion et son besoin. A vous de les accueillir et les comprendre. Vous ne pourrez sans doute pas cautionner, parce que vous avez chacun une vision du monde différente. L’empathie, c’est la compréhension intime de ce que vit l’autre et surtout c’est lui donner l’espace de penser et de s’exprimer différemment, mais avec bienveillance. Maintenant que vous êtes devant l’expression de votre besoin et de celui de votre interlocuteur, il est temps de vous connecter pour trouver une issue non violente à ce qui vous opposait.

 

Après la lecture de ces lignes, certains pourront éprouver une incompréhension, bien légitime et compréhensible… Henri Bergson disait « L’oeil ne voit que ce que l’esprit est prêt à comprendre. » Je l’avoue, cette manière de penser, en dehors de tout jugement, ce langage, l’expression de cette pensée sans violence, et cette communication basée sur l’empathie ne sont pas dans notre culture. Il est nécessaire de se déprogrammer de notre construction éducative, si et seulement si on est prêt à comprendre le monde et les autres. Sans cautionner, mais comprendre. Revenons à la définition de la Communication NonViolence qui précise que c’est un « renforcement de notre aptitude. » La CNV est donc un apprentissage. Et comme tout apprentissage, il a ses 4 piliers de succès, l’attention, l’engagement actif, l’acceptation des erreurs sources d’amélioration continue et la consolidation par la pratique répétitive.

Si vous êtes prêt à comprendre cette vision du monde à laquelle vous rêvez et pour laquelle vous être prêt à changer votre manière de penser, s’exprimer et communiquer, contactez-moi. J’organise également des ateliers collectifs sur ce thème avec des exercices d’application et des mises en situation pour vous entraîner.

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