La croisade en politique. J’ai fait un rêve.

Depuis qu’à l’Assemblée nationale il n’y a plus de majorité absolue, force est de constater qu’en France, le compromis n’est pas une pratique retenue par les politiques. En politique, le combat politique remplace le plus souvent le débat politique. L’objectif ? Tuer l’autre pour gagner.

Quand le personnel politique est animé par des idéologies, le combat politique s’apparente à une croisade. La croisade appelle la croisade, c’est logique. Pourtant, 754 ans après la fin de la dernière croisade, il y a toujours 3 Dieux uniques différents dans la tête des 8 milliards de Sapiens, sans compter les athées et les agnostiques. On pourrait vivre en paix avec ça ! La croisade idéologique est manifestement une impasse !

Existe-t-il d’autres domaines pour lesquels on fait carrément l’inverse pour atteindre un objectif de résultat ? C’est ce que je vous propose de voir aujourd’hui.

Le combat plutôt que le débat : une norme politique ?

En politique, la dynamique semble simple : il s’agit d’abattre l’adversaire, de le discréditer, voire de l’anéantir symboliquement. Les joutes parlementaires, les interventions médiatiques, les campagnes électorales sont souvent des champs de bataille où l’on cherche à imposer sa vision plutôt qu’à construire une solution commune.

Chaque camp se défend de cette pratique pour l’intérêt des Français et de la France. En politique, l’objectif est de faire gagner son camp contre un autre. Pourtant, cette approche n’est pas une fatalité. Elle est même contre-productive : quand le combat prime sur le débat, ce sont les solutions qui trinquent. Et les citoyens, les premiers concernés, en paient le prix.

Le débat, lui, suppose l’écoute, la négociation, la recherche d’un terrain d’entente. Parce que l’objectif du débat, c’est de trouver une solution, la meilleure possible ou la moins mauvaise, plutôt que de gagner une élection et d’accéder au sacro-saint pouvoir. Or, ces pratiques semblent en voie de disparition, remplacées par une logique de confrontation permanente, le conflit permanent, la révolution permanente. Certains parlent même de « bordélisation systématique » comme stratégie politique.

Et ailleurs, fait-on autrement ?

Dans le monde de l’entreprise, la logique est souvent inverse. Pour atteindre un objectif, il faut construire pour gagner, et non détruire. Un projet réussi repose sur la collaboration, la complémentarité des compétences et la recherche de synergies. On y parle de gagnant-gagnant, de co-construction, de management participatif. Alors qu’en politique, on va plutôt rechercher la faille de l’autre, et donc le conflit et la polémique. Alors qu’en politique, on utilise la stratégie de l’épouvantail en collant une étiquette sur le front de son adversaire : fasciste pour l’un, marxiste pour l’autre. En entreprise, la synergie est la stratégie employée, du type 1 + 1 = 3. Les conflits existent, bien sûr, mais ils sont généralement gérés comme des obstacles à surmonter, et non comme des fins en soi.

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Dans le sport, aussi, la compétition est encadrée par des règles qui préservent l’intégrité des adversaires. Même dans les arts martiaux, où le combat est central, le respect de l’autre reste une valeur fondamentale. La défaite y est prise comme une leçon pour s’améliorer et progresser. Alors, pourquoi la politique échappe-t-elle si souvent à cette logique ? Pourquoi la défaite en politique est-elle systématiquement remise en cause, par la triche supposée de l’adversaire, par l’accusation de financement occulte éventuel ou de démarche déviante ?

Que manquerait-il aux politiques pour repasser du combat au débat ?

Plusieurs pistes peuvent être explorées.

Un changement de culture politique

La politique française est profondément marquée par une tradition jacobine, centralisatrice, où le pouvoir se concentre et s’impose. Passer du combat au débat supposerait d’accepter que le pouvoir se partage, que les idées s’enrichissent mutuellement et que la légitimité ne se mesure pas seulement à la capacité à écraser l’autre.

Des institutions qui favorisent le dialogue

Les règles du jeu politique (mode de scrutin, organisation des débats parlementaires, médiatisation des échanges) pourraient être repensées pour encourager la coopération plutôt que l’affrontement. Par exemple, pourquoi ne pas s’inspirer des modèles nordiques, où la recherche de consensus est une norme ?

Une formation des élus à la négociation et à l’ouverture d’esprit

Et si les politiques étaient formés, comme les managers, aux techniques de résolution de conflits comme en médiation, à l’écoute active comme en coaching, ou à la gestion de projet collaboratif ? Cela pourrait sembler utopique, mais c’est pourtant une piste concrète pour transformer les pratiques. Quand on veut changer les pratiques, il faut apporter des compétences nouvelles qui permettent de voir la stratégie d’atteinte de l’objectif sous un autre angle.

Un électorat qui récompense le dialogue

Enfin, les citoyens ont un rôle à jouer. En valorisant les élus qui privilégient le débat et la construction collective, ils pourraient inciter les partis à adopter des postures moins belliqueuses.

J’ai fait un rêve !

Imaginons un instant une Assemblée nationale où les députés chercheraient d’abord à comprendre les arguments de l’autre avant de les contredire, sans même les avoir écoutés. Que la droite reconnaisse que la gauche a des défauts, certes, mais aussi des qualités. Que la gauche reconnaisse que la droite a des défauts, certes, mais aussi des qualités. Où les médias mettraient en avant les propositions communes plutôt que les polémiques pour faire de l’audience. Où les citoyens exigeraient de leurs représentants qu’ils travaillent ensemble, et non les uns contre les autres, pour améliorer leur condition.

Ce serait une révolution ! Une révolution pacifique, mais une révolution tout de même. Une révolution culturelle, mais à la différence de celle de Mao — qui avait pour objectif de tuer toute pensée différente —, il s’agirait de voir la différence de pensée comme une diversité et une complémentarité à intégrer pour débloquer la crise actuelle.

En résumé

Tant que le combat politique se base sur des idéologies qui s’affrontent comme deux religions monothéistes qui ne croient pas au même Dieu unique, il sera impossible de faire réussir la France et d’améliorer le sort des Français.

Tant qu’on fait de la politique comme on fait la guerre, cela ne peut qu’aboutir à un champ de ruine. Et comme je le dis dans mon livre page 183, « 800 ans après les croisades, il y a toujours plusieurs Dieux uniques dans les têtes de Sapiens ! Et, en même temps, on pourrait très bien vivre en paix avec ça !« 

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