La politique française atteint un point de singularité dangereux

Surreal digital art of a central explosion scattering flags, symbols, and a domed building.

En mathématiques et en physique, la singularité désigne un point à partir duquel les règles habituelles cessent de s’appliquer. Pour l’illustrer, on prend souvent l’exemple du Big Bang. Les lois de la physique permettent d’expliquer l’univers quelques instants après cet événement, mais ni le Big Bang lui-même, ni ce qui l’a précédé ne peuvent être élucidés par les lois connues. L’incertitude prédomine.

En démocratie, la vie politique est régie par des règles prédictibles, à savoir des lois votées, appliquées selon les us et coutumes et interprétées à travers la culture du pays. En France, ce cadre se décline traditionnellement entre gauche, centre et droite. Dans ce système démocratique, il est possible d’anticiper l’avenir selon l’orientation du gouvernement.

Or, après les élections municipales de 2026, la politique française s’engage vers une singularité, c’est-à-dire un point de bascule au-delà duquel toute prédiction devient impossible. C’est ce que je vous propose de voir aujourd’hui.

La perspective des présidentielles 2027

L’hypothèse d’un second tour de l’élection présidentielle de 2027 monopolisé par l’extrême gauche marxiste et l’extrême droite radicalement nationaliste et identitaire marque cette rupture. Ces deux forces, en se désignant mutuellement comme adversaires absolus, précipitent le système vers non pas un séisme politique comme le 21 avril 2002, mais un « Big Bang » politique. Celui-ci provoquerait, de fait, un effondrement des règles démocratiques telles qu’on les connaît.

L’idée centrale issue des municipales peut se résumer ainsi : « L’extrême gauche serait le meilleur rempart contre l’extrême droite » et, symétriquement, « L’extrême droite serait le meilleur rempart contre l’extrême gauche. » Cette dialectique confirme que les extrêmes s’autoalimentent, ou plutôt, que les citoyens, en votant pour ces extrêmes, alimentent leur dynamique mortifère. Tant que la France reste une démocratie, son avenir dépend des choix électoraux. Mais en optant pour ces deux pôles, les électeurs risquent de sceller l’avènement d’un chaos déjà expérimenté au XXe siècle.

Le XXe siècle a montré où mènent le marxisme et le nationalisme, l’un et l’autre, radical. Le premier aboutit à la dictature du prolétariat, le second à la dictature tout court, tous deux promettant, cyniquement, le « bonheur du peuple. » Après un « Big Bang » politique, nous retrouverions un futur prévisible, car déjà vécu : l’instauration de régimes autoritaires et des sociétés brisées. On appelle ça, familièrement, « renverser la table. » Sur le coup, ça soulage. On chante dans les rues, comme au grand soir du 10 mai 1981. Mais très vite, ça fait mal.

Quoi qu’il advienne du second tour de la présidentielle de 2027, s’il est accaparé par ces deux extrêmes, ce serait un point de non-retour où les fondements mêmes de la démocratie française cesseront de fonctionner comme avant. Je décline plus bas ces deux hypothèses.

Deux questions se posent alors. Comment en sommes-nous arrivés là ? Comment, au bord du précipice, faire en sorte de freiner pour éviter le grand saut vers le chaos ?

Comment en sommes-nous arrivés là ?

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C’est assez simple à comprendre. Il suffit d’écouter les politiques qui ont sombré dans le chant des sirènes, comme Éric Ciotti vers le RN et Olivier Faure vers LFI. Si les extrêmes sont arrivés à ce point culminant, c’est parce que le centre et les partis traditionnels ont échoué à répondre aux angoisses des Français dans des domaines clés, comme le pouvoir d’achat, l’insécurité, les services publics, santé et le sentiment de déclin national et d’influence internationale. Ça fait beaucoup de domaines régaliens en déclin ! Sans parler de l’explosion de la dette.

Un exemple : après avoir eu jusqu’à 4 médecins généralistes dans notre village et après le départ du dernier, il est impossible de trouver un médecin traitant qui veuille accepter un nouveau patient dans un rayon de 100km. Devant ce désert médical généralisé, manifestement, il y a des décideurs au plus haut sommet de l’État qui n’ont pas fait leur job sur plusieurs décennies !

Néanmoins, il ne faudrait pas mettre toute la responsabilité sur les politiques, qui ne peuvent pas jouer les pères Noël. Le citoyen français a la fâcheuse tendance à s’en remettre à « l’état providence«  qui pourrait tout et à se croire seul au monde, en voulant tout, tout de suite, quel que soit le contexte. La réforme des retraites en est un exemple parmi d’autres. Cette envie donne la part belle aux idées extrémistes, comme « faire payer les riches » ou « renvoyer les étrangers, les pas comme nous, chez eux », pour faire « simple. » Pour payer les retraites, on se demande d’ailleurs pourquoi on n’a pas appliqué ces solutions simples avant !

Et puis, il faut bien l’avouer, les extrémistes savent se mobiliser quand la bataille vaut l’enjeu. Un faible taux de participation récurrent à toutes les élections, d’un français sur deux aux municipales qui ne s’est pas déplacé, amplifie, de fait, la montée des extrêmes.

Comment, au bord du précipice, faire en sorte de freiner pour éviter le grand saut vers le chaos ?

En première approche, depuis le séisme politique du 21 avril 2002, les citoyens ont su faire un front républicain contre l’extrême droite nationaliste, radicale et identitaire, à plusieurs reprises. Il est donc possible de faire un front républicain contre l’extrême gauche marxiste et radicale. Ensuite, les citoyens modérés doivent se sentir concernés par le risque de ne pas voter et, de fait, de favoriser le Big Bang de 2027.

La singularité politique n’est pas une fatalité. Elle est le résultat de nos choix, ou de notre refus d’en faire. Le XXe siècle nous a appris que les extrêmes ne mènent qu’à une issue, le chaos. Mais l’Histoire nous a aussi montré que les démocraties qui résistent sont celles qui osent se réinventer. La France a déjà surmonté des crises bien plus profondes. Elle peut encore éviter le Big Bang, à condition d’agir avant qu’il ne soit trop tard.

Même si je ne crois pas à la femme ou à l’homme providentiel(le) qui surgirait d’ici 2027, je pense que celle ou celui qui trouvera les mots pour nous décrire les risques d’un second tour mobilisé par LFI et le RN serait le ou la bienvenu(e).

Essayons de voir plus loin

Alors, je m’y colle ! J’entame un bout de chemin sur les quatre scénarios possibles pour celle ou celui qui aurait plus de portée médiatique que moi.

Scénario 1 : La victoire de LFI. Les conséquences seraient des nationalisations massives, un conflit avec l’UE après la sortie des traités européens libéraux, la fuite des capitaux, la répression des opposants au nom du peuple, le limogeage des fonctionnaires qui sont en décalage avec la ligne du parti « au nom du peuple, » une régularisation massive des sans-papiers et un appel d’air à l’immigration. La réaction des modérés serait l’utilisation des moyens légaux, des grèves par exemple, réprimées « au nom du peuple » et de la pensée unique, une résistance civile, l’exil des élites économiques.

Scénario 2 : La victoire du RN. Les conséquences extérieures seraient un Frexit déguisé au nom d’un protectionnisme radical, la restriction des libertés au titre de la préférence nationale et « au nom du peuple » pour lutter contre l’insécurité, une alliance avec les régimes autoritaires (Hongrie, Russie, voire les États-Unis de Trump). La réaction de l’UE serait des sanctions économiques et un isolement diplomatique, sauf avec les régimes nationalistes. En interne, on verrait, comme aux USA de Trump, une chasse à l’étranger, aux « pas comme nous » avec des « dérapages » par excès, des affrontements de rue entre groupes radicaux d’extrême gauche et d’extrême droite avec le lynchage (comme celui récemment vécu à Lyon) qui deviendrait la norme au nom de la résistance légitimée.

Scénario 3 : La victoire d’une coalition des modérés. Sur le plan économique, on repartirait sur des réformes libérales modérées, recherchant des compromis en France et avec l’UE. Les conséquences seraient un retour à une gouvernance centrée, faite de compromis, qui n’est manifestement pas dans la culture française, et une instabilité chronique comme on le vit actuellement, avec des blocages au Parlement et dans la rue avec des manifestations des extrémistes avec leurs solutions simples. Alignée sur l’Union Européenne, la France manquerait de marge de manœuvre face aux crises énergétiques et migratoires. Néanmoins, ce serait le prix à payer pour rester en démocratie et éviter une désorganisation bien pire. On replongerait dans l’immobilisme, une instabilité chronique, la montée des abstentions déjà forte et des votes protestataires.

Photo générée par l'IA à partir de WordPress
Photo générée par l’IA à partir de WordPress

Scénario 4 : Réinventer notre modèle de gouvernance en donnant une perspective pragmatique, fixer un « contrat social » aux Français. Face aux 3 précédents scénarios pour éviter un second tour de l’élection présidentielle de 2027 monopolisé par les deux extrêmes ou un statu quo qui repousserait l’échéance, notre défi consiste à réformer en profondeur la gouvernance de la France et à fixer un cap clair.

L’État n’a pas la vocation à créer la richesse, sinon, on plonge dans l’État providence qui déresponsabilise les citoyens. Il convient de recentrer la société sur l’entreprise, la seule à créer la richesse, et sur chaque citoyen qui anime l’entreprise. L’État doit donner à l’entreprise les conditions et les moyens d’investir pour créer la richesse, financer le modèle social et permettre la promotion sociale.

Même la Chine communiste l’a compris ! La Chine a placé l’entreprise et plus largement l’industrie et l’économie productive au cœur de sa stratégie de développement. L’État a massivement investi pour créer de toute pièce des géants industriels. Elle a basé son développement industriel sur l’autonomie plutôt que la dépendance. En misant sur le développement industriel et donc écnomique, la Chine a compris que la prospérité du pays et donc de ses citoyens est un moyen de stabilité politique en interne et de puissance vis-à-vis de l’externe. Il doit quand même être possible de faire aussi bien que la Chine sur le plan du développement industriele et économique, avec en même temps un régime démocratique qui respecte les droits de l’Homme et du citoyen ainsi que la nature !

Après ce recentrage de l’État sur l’entreprise, il doit libérer les énergies, comme on le fait en entreprise. Ça s’appelle « la subsidiarité(*). » Je l’ai vécu à EDF et dans le domaine nucléaire. Il faut manager l’État comme une entreprise et non comme une arme pour décliner l’idéologie du marxisme, du nationalisme, de l’écologisme, du wokisme ou d’un autre « isme. » Parlons de libérer l’énergie par la liberté d’entreprendre, plutôt que du libéralisme, qui finit, aussi, tôt ou tard par un extrémisme. Qui pour relever ce défi ?

(*) la subsidiarité : c’est une organisation qui permet la prise de décision et la réalisation des actions au niveau le plus proche du résultat attendu. Autrement dit, dans un cadre fixé par la direction d’une entreprise, les décisions à prendre pour les clients et leur déclinaison opérationnelle doivent être réalisées par celles et ceux qui sont en contact avec les clients. Pourquoi est-ce de nature à responsabiliser toute la ligne managériale et la ligne opérationnelle jusqu’aux individus ? Pour une raison simple. Si l’entreprise fait des résultats, le salarié va s’y retrouver, le citoyen aussi, l’État aussi. En politique, c’est la même chose. L’État se repositionne sur ses missions régaliennes et donne les moyens aux niveaux inférieurs, régions, départements et communes, de décider et d’agir efficacement au niveau local, au plus près des citoyens. Il faut en finir avec l’État providence qui décide tout à Paris et pour tout le monde.

La singularité politique, sur le point d’être atteinte en France, n’est pas une fatalité. C’est le résultat de nos choix ou de notre résignation. En 2027, les Français auront le dernier mot. Soit, ils valideront, par leur vote ou leur abstention, l’avènement d’un chaos déjà connu. Soit, ils choisiront de se mobiliser, non pas pour un camp ou un autre, mais pour la démocratie elle-même. Car une chose est sûre, après le Big Bang, il n’y aura plus de seconde chance. Sauf à y mettre le prix de la sueur, du sang et des larmes. Il suffit de regarder dans le monde, à quoi mènent les États radicaux, comme la Russie, l’Iran, la Corée du Nord, et, depuis peu, les USA de Trump. Les USA sont une illustration de comment la plus grande démocratie du monde peut, en une élection, basculer sur une autocratie.

Donnons aux français l’envie d’aller voter en les éclairant sur le choix et en focalisant sur les conséquences du lundi matin après le second tour.

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