Aujourd’hui, je rediffuse cet article sur nos croyances, que j’avais publié en 2019 pour mon activité de coaching. Je l’ai quelque peu modifié, pour le remettre dans le contexte politique français. Pourquoi ? Parce qu’en cette période de crise existentielle majeure, comme nous la vivons actuellement, nous trouvons refuge dans nos croyances. C’est en nous réinterrogeant sur celles-ci – pour conserver nos valeurs, qui nous rassemblent, et lâcher nos excès, qui nous opposent – que nous sortirons de notre impasse.
On peut raisonnablement penser que nous sommes tous en quête de bonheur et de vérité. Son bonheur ! Chacun le sien… Sa vérité ! Chacun la sienne… Nous avons tous notre propre vision de la vérité. Nous enfermerions-nous alors dans notre vérité ? Comme emprisonnés ? À la manière d’un esclave, enchaîné par une chaîne qu’il a fermée lui-même avec un cadenas, dont il a jeté la clé ! C’est en tout cas ce que pensait Platon, il y a 2 400 ans, dans son allégorie de la caverne, qui est une invitation à sortir de ses croyances – ce qu’il appelait « la caverne ». Comment sommes-nous arrivés dans cette caverne ? Qu’y trouve-t-on ? Pourrait-on en ressortir ? Comment ? C’est ce que je vous propose de voir aujourd’hui.

C’est dans notre enfance que nous sommes entrés dans la caverne de nos croyances, durant notre construction identitaire. Les murs en sont tapissés d’illusions de vérités, construites à partir de l’éducation familiale et de la culture d’un clan. Quelques rayons de soleil – ceux de la vérité – pénètrent par l’entrée de la caverne. Sont alors projetées, sur ces murs, des ombres : les ombres de l’illusion. Nous avons peur de ce soleil aveuglant, à l’extérieur, de ces idées si différentes. La caverne nous protège de la lumière du monde extérieur. Nous n’en sortirions pour rien au monde. Nous y sommes en sécurité, car les co-prisonniers pensent comme nous. Nous sommes nombreux, tous ensemble, à partager les mêmes idées : c’est rassurant. Tout va bien.
Lorsque certains s’aventurent à l’extérieur de cette caverne, ils sont éblouis par la lumière d’une autre idée, d’une autre vérité, d’un savoir qu’il est impossible de regarder en face, car cette clarté fait trop mal aux yeux ! Il faut rebrousser chemin, vers le confort, la sécurité et l’obscurité de la caverne.

Certains, néanmoins, persévèrent. Ils tentent de s’acclimater à la lumière d’autres idées, à celle du savoir. S’étant accommodés à cette lumière vive, ils découvrent que l’extérieur n’est pas si hostile, après tout. La caverne était limitée ; l’extérieur ouvre des champs jusqu’alors inimaginables, et donc inexplorés. Ils se demandent alors si redescendre dans la caverne ne comporterait pas un risque : celui de ne plus être en phase avec ceux qui ont fait demi-tour. Les deux vérités vont s’affronter. Pourtant, la lumière de la connaissance vaut mieux que l’obscurité de l’ancienne vérité – l’obscurantisme, devrais-je dire ! Il serait bon d’en informer les prisonniers de la caverne. Certains redescendent quand même, tentent de briser les chaînes des autres esclaves, en vain. Ceux qui ont changé de croyance sont des renégats ! Difficile, en effet, de retirer les chaînes de leurs croyances aux prisonniers, s’ils n’ont pas fait, eux-mêmes, l’effort de briser leurs propres chaînes et de s’accommoder à la lumière d’une autre vérité.

D’autres, après Platon, l’ont dit, en des termes moins imagés : « Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis ! » Ceux qui restent volontairement dans la caverne font preuve, au mieux, d’orgueil ; au pire, de stupidité et de bêtise. Ceux qui ont fait l’effort de regarder en face la lumière d’une autre idée font, eux, preuve d’intelligence. La lumière n’existe, en effet, que pour ceux qui sortent de leur caverne et ouvrent les yeux.
Attention à la manipulation des politiques qui vous enferment dans la caverne de Platon
Une population enfermée dans ses croyances est une population facile à manipuler, à contrôler, à focaliser sur une croisade à engager. Les démagogues, les extrémistes et les opportunistes politiques le savent : plus nous avons peur de la lumière, plus ils peuvent nous vendre des ombres comme des vérités.
« Les méchants contre nous ! » « Notre vérité contre leurs mensonges ! » « Le peuple contre les élites ! » Autant de slogans simplistes qui ne sont pas des appels à la réflexion, mais des pièges. Quel est leur but ? Vous convaincre que sortir de la caverne est dangereux, que douter est une trahison, et que seule leur version de la réalité est acceptable. Rappelez-vous ce que disait Talleyrand en matière de manipulation de masse « Agiter le peuple avant de s’en servir ! »
Comment résister à la manipulation de masse en politique ?

- Exigez des preuves, pas des promesses. « Montrez-moi les faits, ne me faites pas seulement croire à votre vérité. »
- Méfiez-vous des discours simplistes qui diabolisent ceux qui pensent différemment. Un manipulateur a toujours besoin d’un bouc émissaire, d’un grand Satan qui fait peur pour vous convaincre de s’en détourner. C’est une stratégie très utilisée en politique, « la stratégie de l’épouvantail« (*) qui a pour objectif de coller une étiquette sur l’ennemi. Par exemple, celui qui ne pense pas comme nous est « un fasciste. » C’est très efficace ! Au final, quoiqu’il dise, on ne voit plus que l’étiquette collée sur son front.
- Acceptez l’inconfort de remettre en cause vos croyances ! Oui, je sais c’est difficile parce que le cerveau humain a horreur de la déstabilisation. Pour y parvenir, il faut faire la part des choses entre « la vérité d’un dogme » qui est toujours simple et « la réalité des faits » qui est toujours plus complexe à saisir. Si une solution politique vous semble trop évidente, à la manière d’une solution miracle qui guérirait tous nos maux comme « faire payer les riches » ou comme « renvoyer les étrangers et les pas comme nous chez eux » c’est probablement qu’on vous cache une partie de l’histoire et qu’on vous manipule. Auriez-vous encore l’âge de croire au père Noël ?
(*) Lire ou relire mon article de 2019 sur « la stratégie de l’épouvantail.«
En démocratie, la politique ne devrait pas être une guerre de cavernes, mais un lieu où l’on confronte les idées pour trouver, ensemble, des chemins vers la lumière. Le vrai combat n’est pas entre « nous les gentils » et « eux les méchants. » Il est entre ceux qui veulent nous garder dans l’obscurité d’une caverne pour nous manipuler et ceux qui nous tendent la main pour en sortir.
Et si la première étape pour ne plus être manipulé était de reconnaître qu’on l’a tous été, un jour ?