Nos biais cognitifs sur le christianisme et l’islamisme : la Spirale Dynamique à la rescousse

Une question de langage et d’histoire

Je me suis récemment posé une question à laquelle je n’avais pas de réponse immédiate. J’ai alors interrogé le concept de la Spirale Dynamique pour tenter d’y répondre. Voici le fruit de ma réflexion.

Deux religions monothéistes sont apparues après le judaïsme, à savoir, le Christianisme et l’Islam. J’ai bien dit le Christianisme, avec le suffixe « isme » à la fin, et l’Islam, sans le suffixe « isme. » Pourquoi cette distinction ? Parce qu’aujourd’hui, on fait le distinguo entre l’Islam, une religion qui instaure des valeurs humanistes, et l’Islamisme qui prône le djihad et la violence. Mais alors pourquoi emploie-t-on le « Chistianisme » pour désigner la religion Chrétienne, sans qu’il y ait cette connotation « extrémiste » ? Pourtant, la religion Chrétienne a aussi connu ses heures sombres. Les croisades pour tuer les infidèles étaient le djihad des chrétiens. Ou encore, la nuit de la Saint-Barthélémy du 23 au 24 août 1572 a été bien plus meurtrière que le « 7 octobre 2023.« 

L’image ci-dessus, peinte par François Dubois, illustre la violence de la Saint-Barthélemy. Une question s’impose : pourquoi ce massacre historique n’évoque-t-il pas la même peur collective que le 7 octobre 2023 ?

Je vous propose d’explorer cette question de langage, d’histoire et de perception collective, puis d’utiliser la Spirale Dynamique pour comprendre cette différence de traitement linguistique entre « Christianisme » et « Islam/Islamisme ». Mon objectif est, une fois de plus, de montrer que le concept de la Spirale Dynamique permet de comprendre que, dans tout ce que fait Sapiens, il y a du meilleur et du pire, en même temps. Il suffirait « d’intégrer en même temps le meilleur de tous les contraires » pour poursuivre pacifiquement notre évolution. C’est ce que je vous propose de voir aujourd’hui.

L’origine des termes utilisés

Le suffixe « isme » est utilisé pour désigner une doctrine, une croyance ou un système de pensée. Dans le cas du Christianisme, il s’agit simplement du nom donné à la religion fondée sur les enseignements de Jésus-Christ. Le terme est neutre et ne porte pas, en lui-même, de connotation extrémiste. Il est utilisé depuis l’Antiquité (notamment en grec : χριστιανισμός = christianismós) pour désigner la religion et ses pratiques, sans distinction entre modérés et extrémistes.

« L’Islam » désigne la religion elle-même, ses principes spirituels, ses textes sacrés, le Coran, et ses pratiques cultuelles. « L’Islamisme » ou « l’Islam politique » est un terme apparu plus tardivement au XIXᵉ-XXᵉ siècles pour désigner une idéologie politique qui cherche à appliquer une interprétation rigoriste et souvent littérale de l’Islam dans la sphère publique, souvent sous la contrainte et la coercition. Ce terme est donc chargé d’une dimension politique et militante et non purement religieuse.

Pourquoi cette distinction ?

Elle provient d’un contexte historique et médiatique. Le terme « Islamisme » s’est imposé dans le langage courant, particulièrement en Occident, pour différencier la pratique religieuse pacifique de l’Islam des mouvements violents ou politiques qui s’en réclament, comme Al-Qaïda et Daech. Cette distinction est moins « nécessaire » pour le Christianisme. Les croisades et la Saint-Barthélemy sont des événements historiques clairement identifiés et circonscrits dans le temps. Ils ne définissent pas le Christianisme contemporain dans l’imaginaire collectif. Retenons bien cela pour la suite de l’analyse avec la Spirale Dynamique !

Les mouvements extrémistes chrétiens ont certes existé, notamment avec certains groupes évangéliques aux États-Unis, les suprémacistes blancs, les mouvements traditionalistes en Europe, les groupes anti-avortement violents. Ils sont aujourd’hui marginalisés et rarement associés à l’ensemble des Chrétiens.

Dans la perception actuelle et en raison de conflits géopolitiques récents (attentats, guerres en Irak, Syrie, etc.), il est parfois fait l’amalgame de l’Islam et les actes de violence perpétrés en son nom. La distinction linguistique « Islam » et « Islamisme » permet de désamalgamer la religion de ses dérives extrémistes. Pour le Christianisme, ses extrémismes sont perçus comme des exceptions historiques plutôt que comme une menace actuelle généralisée. Cette asymétrie linguistique reflète un biais de perception façonné par l’histoire, les médias et les rapports de force géopolitiques.

L’extrémisme du christianisme est perçu comme une exception historique plutôt qu’une menace actuelle.

L’islam, en raison de l’actualité géopolitique, doit encore se dissocier explicitement de ses extrémismes.

Comment la Spirale Dynamique éclaire-t-elle cette question ?

Pour celles et ceux qui ne connaissent pas ce concept de l’évolution de l’Humanité qui est devenu un outil d’accompagnement du changement, je vais le résumer. Pour plus de détails, je vous invite à lire ou relire mon article sur sa description et pour encore plus de profondeur, je vous invite à lire mon livre.

La Spirale Dynamique est un concept pour comprendre l’évolution humaine depuis la Révolution cognitive, il y a -70 000 ans, à travers la succession de plusieurs niveaux de conscience. Ces derniers s’appuient chacun sur une vision du monde et un système de valeurs. Chaque niveau de conscience a créé une crise existentielle, par déviance et l’application extrémiste du système de valeurs. Chaque crise existentielle a été résolue par une nouvelle vision du monde, un nouveau système de valeurs, un nouveau niveau de conscience. Ce dernier a lui même créé une crise existentielle. Et ainsi de suite. Chacun des niveaux de conscience est défini par une couleur. Voici la succession des niveaux de conscience :

  • le BEIGE, la survie instinctive, jusqu’à -100 000 ans,
  • le VIOLET, les tribus et la magie, à partir de la révolution cognitive -70 000 ans,
  • le ROUGE, le sans foi ni loi et le pouvoir par la force, l’égocentrisme, à partir de -10 000 ans,
  • le BLEU , l’avènement des religions monothéistes, l’ordre, les règles et les dogmes, à partir de -5000 ans,
  • l’ORANGE, la raison, l’innovation, la révolution scientifique puis industrielle, à partir de 1600 avec Galilée puis le début du siècle des Lumières,
  • la crise existentielle de l’ORANGE a donné naissance au VERT, avec un focus sur l’écologie et le refus des discriminations il y a une centaine d’années à peine. On commence à en voir ses dérives extrémistes et violentes, avec l’écologisme radical et le wokisme politique notamment, vous aurez noté les « ismes. » La crise existentielle VERTE pointe déjà.
  • L’impasse actuelle de l’évolution de l’Humanité donnera naissance au niveau de conscience JAUNE avec « l’intégration en même temps du meilleur de tous les contraires« , que j’introduirai en fin d’article.

Revenons au Christianisme et à l’Islam. Commençons par décrire, comment est apparu le Christianisme. Le niveau de conscience ROUGE apparu vers – 10 000 ans était basé sur le sans foi ni loi. Des bandes de barbares ont commencé par piller et tuer les tribus pour satisfaire leur besoin. Les premiers empires ont été créés sur cette vision du monde. On comprend assez vite que le sans foi ni loi portait atteinte à la pérennité même de l’espèce humaine. Des prophètes ont alors instauré des commandements humanistes dictés par un Dieu unique. Ces deux commandements « tu ne tueras point » et « tu ne voleras point » permettaient, à eux seuls, de régler la crise existentielle du ROUGE. C’est ainsi que les deux premières religions monothéistes se sont installées dans la tête des Sapiens, le Judaïsme et le Christianisme. Une nouvelle vision du monde, un nouveau système de valeurs et un nouveau niveau de conscience se sont installés petit à petit. La Spirale Dynamique a donné la couleur BLEUE à ce niveau de conscience, fait de règles qui doivent s’appliquer à tous pour mériter le paradis céleste. Petit à petit, la coercition et l’inquisition sont venues remplacer les lois humanistes jusqu’à son apogée au moyen-âge. On ne tuait plus pour satisfaire ses besoins comme dans le ROUGE, mais au nom de Dieu. Celui qui n’appliquait pas la loi de Dieu ou qui ne croyait pas au même Dieu avait droit à un jugement et un châtiment expéditifs. La crise existentielle est venue du rejet de l’arbitraire et d’un fort besoin d’émancipation. En France, le règlement de cette crise existentielle est venu de la Révolution française avec l’abolition du pouvoir par le droit divin. Il s’agissait d’abolir la dérive politique du Christianisme. Le raisonnement humain est venu remplacer la croyance aveugle et la soumission au dogme religieux. C’est l’avènement du niveau de conscience ORANGE. Plus tard, on a séparé le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel avec la liberté de croire ou de ne pas croire.

En résumé, le Christianisme a débuté avec des lois humanistes qui ont été appliquées ensuite de manière rigoriste et extrémiste, pour revenir finalement aux lois fondatrices humanistes. Le Christianisme est donc passé du meilleur au pire, pour revenir au meilleur.

Et l’Islam dans tout ça. L’Islam est apparu au VIIe siècle. L’émergence de l’Islam a donc 600 ans d’écart avec le Christianisme. Revenons 600 ans en arrière. Le Christianisme au XVe siècle était baigné par la coercition, et l’Inquisition. Le pouvoir politique était régi par le droit divin. Sous la croyance au Christianisme, on tuait aussi au nom de Dieu à cette époque, malgré le commandement « tu ne tueras point. » Dans mon livre, je prends l’exemple de Giordano Bruno qui avait osé dire et prouver que la Terre n’était pas au centre de l’univers. Il a été brûlé vif à Rome en 1600. Le pape, l’autorité supérieure du Christianisme, avait même demandé de lui couper la langue avant de monter sur le bûcher, pour éviter qu’il ne puisse parler. C’était l’extrémisme du Christianisme qui était à l’ordre du jour.

Ce constat est une des leçons de la Spirale Dynamique. Dans tout ce que crée Sapiens, il y a autant de meilleur que de pire. De plus, tous les Sapiens n’évoluent pas tous à la même vitesse. Comme pour le Christianisme il y a 600 ans, aujourd’hui l’Islam, le meilleur, et l’Islamisme, le pire, coexistent. La majorité des chrétiens et des croyants musulmans tolérants se sont transcendés au delà du niveau de conscience BLEU et ont dépassé le pire de leur croyance. Les adeptes de l’Islamisme sont restés dans le niveau de conscience BLEU rigoriste. Les 600 ans d’écart entre Christianisme et Islam expliquent cette différence de traitement linguistique. Après avoir compris que l’expression du pire bloque l’évolution de l’Humanité, Sapiens ne retient que le meilleur. Cette compréhension, cette transcendance plutôt, prend du temps, mais elle se réalise.

Parce qu’elle permet d’expliquer l’évolution de l’Humanité, la Spirale Dynamique est devenue un outil d’accompagnement du changement. Précisément, pour accélérer le règlement des crises existentielles.

Dans cet article, je n’ai parlé que de religions. Mais pour les autres « ismes » non-théistes, c’est la même chose. Pour le capitalisme, le marxisme, le nationalisme, le communautarisme, l’écologisme, le wokisme, etc., il y a autant de meilleur que de pire en même temps. C’est sur ce constat que Clare Graves, initiateur de la Spirale Dynamique, a décrit la crise existentielle majeure que nous vivons aujourd’hui. Avec la multiplication des « ismes » et donc des multiples croisades entre eux, l’Humanité est dans l’impasse d’une situation complexe telle qu’elle requiert un saut majeur de conscience. Clare Graves l’avait décrit dans un article dans The Futurist en 1974.

Le règlement de cette crise existentielle majeure ne se règlera que lorsque Sapiens aura compris que pour continuer son évolution et sortir de l’impasse et de croisades sans fin, il faut « intégrer le meilleur de tous les contraires dans une tension créative. » Ce sera le niveau de conscience JAUNE.

Comme je l’écris dans mon livre : « 800 ans après les croisades, il y a toujours plusieurs Dieux uniques dans les têtes de Sapiens ! Et, en même temps, on pourrait très bien vivre en paix avec ça ! » Alors… on commence quand ?

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