Comprendre le questionnement socratique en coaching professionnel

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Un client entame son processus de coaching en disant « j’ai tout essayé, je n’y arrive pas. » Puis, au fil des séances, il arrive à dire « Ça m’a fait du bien de parler ! J’y vois plus clair ! » Qu’y a-t-il entre ces deux affirmations ? Il y a ce qu’on appelle « le questionnement socratique. » Qu’est-ce que le questionnement socratique ? Pour quoi faire ? Qu’est-ce qu’il permet de débloquer ? Comment ça marche ? C’est ce que je vous propose de voir aujourd’hui.

Cette semaine, un retour aux fondamentaux. Posons le cadre, la posture, l’objectif, l’intention, la stratégie, la tactique du questionnement socratique. Et avant de commencer, voilà ce que m’a dit une cliente lors de sa séance de fin de processus lorsque je lui ai demandé « Comment maintenant allez-vous vous servir de ce que nous avons fait ensemble ? » Elle m’a répondu « Je vais me poser les questions que mon coach me poserait ! » Je pense qu’elle avait compris la force du questionnement socratique.

La posture

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Pour celle ou celui qui pose des questions, le questionnement socratique, c’est déjà une posture. Il ne fait que poser des questions, jamais d’affirmations et pas n’importe quelles questions. Notamment, il ne pose jamais des questions du type « vous ne pensez pas que ce serait… ? » La posture et le questionnement qui en découle doivent être neutres. Dans ma formation sur le sujet en 1995 (oui au siècle dernier…), j’ai aussi appris à ne jamais poser une question commençant par « Pourquoi ? » Pourquoi allez-vous me dire ! Parce que ! À un pourquoi, il n’y a pas de réponse qui permet de rebondir. Parce que c’est comme ça ! Et puis, imaginez la question « Pourquoi as-tu fait ça ? » Ressentez-vous le besoin de se justifier ? Sur cette question d’inquisition, le questionné va chercher à trouver « une réponse qui colle pour s’en sortir » à l’opposé de ce qu’il s’est réellement passé sur le moment. Alors, lorsqu’on aura envie de commencer sa question par « Pourquoi ? » on choisit « Pour quoi ? » en deux mots, dans le sens de « Pour quoi faire ? » Et pour éviter que le questionné interprète le « Pour quoi ? » en « Pourquoi ? » on pose sa question de la manière suivante « En fait, quand tu as fait ça, que cherchais-tu à faire ? » Et là, ça change tout pour le questionné. Non seulement, il se remet dans la situation vécue, mais il comprend quelle était son intention, sa motivation profonde, sur le moment totalement non consciente. Et c’est là où je voulais en venir ; l’objectif et l’intention du questionnement socratique.

Quel est l’objectif et l’intention du questionnement socratique ?

Le questionnement socratique a comme objectif de faire sortir ce qui est enfoui au plus profond du non conscient de celui qui avait « tout essayé, sans y arriver. » C’est une aide à la conscientisation. Ça, c’est l’objectif. L’intention, c’est la verbalisation, faire parler l’autre. Lorsqu’on pense à ce qu’on fait, le cerveau boucle sur les mêmes éléments, de quoi renforcer ses croyances. Évidemment, on en arrive à « je n’y arrive pas ! » Logique. Quand on verbalise, le cerveau met des mots sur la pensée et construit des phrases. Le cerveau ne reste plus bloqué sur sa pensée. En verbalisant, l’oreille entend ses propres propos, ce qui sollicite la réflexion sur ce qu’on vient de dire et d’entendre. Le cerveau peut alors raisonner sur son propre raisonnement. Si l’interviewer reformule, soit l’interviewé acquiesce, ce qui ancre ce qu’il vient de dire, soit il corrige pour préciser son propos. La verbalisation remet en surface ce qui était enfoui.

Pour atteindre cet objectif, il faut des conditions et un contexte.

Les conditions et le contexte du questionnement socratique

Photo de SHVETS production sur Pexels.com

J’en ai parlé plus haut, on ne pose que des questions. Je développerai en suivant quels types de questions. Celui qui questionne doit poser le cadre. L’échange est confidentiel de manière à libérer la parole. L’interviewé doit se dire, je peux tout dire. En fait, « je peux me dire ce que je n’ai jamais osé me dire. » C’est ce qu’un jour une cliente m’a dit ! Attention, à force d’enchaîner les questions, l’échange peut vite basculer sur le contexte d’un tribunal. Il ne doit y avoir aucun jugement de la part de l’interviewer. Il convient de respecter le rythme de l’interviewé, parce que l’intériorisation résultant de la recherche des réponses demande de l’effort, beaucoup d’efforts ! Il faut l’encourager à poursuivre.

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De plus, l’interviewé va se dire à lui-même ce qu’il n’a jamais osé se dire. Cela va faire remonter des émotions enfouies, parfois même « des émotions mises dans une boîte fermée à clé » comme m’a révélé une cliente. L’échange doit être bienveillant en respect de son écologie, son équilibre interne. Il faut savoir arrêter le questionnement, laisser décanter, pour mieux le reprendre quand l’interviewé en est d’accord. Comme on ne peut pas raisonner sous l’émotion, il faut la laisser s’exprimer avant de reprendre. Après un sanglot, une cliente m’a dit « j’ai tout nettoyé, c’est bon. » Prête à repartir. Le questionnement doit être consenti. Parfois même, l’interviewé demande l’arrêt du questionnement parce qu’il aurait « enfin compris » ce que l’interviewer, lui, n’a pas compris. Peu importe. Il faut respecter la pudeur de l’interviewé qui se met à nu.

La stratégie du questionnement socratique

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Finalement, la stratégie est simple. Puisque l’interviewer n’est pas dans la tête de l’interviewé, il doit chercher à comprendre sa manière de raisonner, sa manière de se comporter, ses freins, ses croyances limitantes et aidantes, ses motivations profondes. En cherchant à comprendre l’interviewé par le renvoi d’image, à la manière d’un miroir, l’interviewer l’aide à comprendre lui-même son propre fonctionnement, ce qui conduit ses comportements, donc ses motivations profondes et ses besoins plus ou moins satisfaits.

La tactique du questionnement socratique

La tactique est au service de la stratégie. On parle d’écoute active de la part de l’interviewer qui nécessite de se synchroniser avec son interviewé, comme un plongeon dans son univers.

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Il convient de remettre l’interviewé dans une situation singulière et caractéristique des difficultés qu’elle ou il rencontre. Autrement dit, ça s’est passé tel jour, à telle heure et avec telle personne. C’est le meilleur moyen de verbaliser. Le questionnement n’est jamais général, il doit être à la recherche de la précision et des détails, parce que c’est comme cela qu’on comprend le « pour quoi » on se comporte de la sorte. À partir d’une situation singulière suffisamment représentative, on pourra généraliser ensuite pour déterminer ce qu’il est bon de tirer comme enseignements, voire conclusions. Partir d’une situation et d’en faire le récit par celle ou celui qui l’a vécue, permet de placer le narrateur en observateur de ses propres comportements. On appelle ça « la position méta. » Elle facilite la prise de recul et donc la prise de conscience de sa programmation comportementale et les pistes de déprogrammation et reprogrammation.

J’ai parlé plus haut du type de questionnement qui contribue à la verbalisation. Il s’agit essentiellement de questions dites « ouvertes.«  Elles invitent l’interviewé à développer avec précision et à verbaliser. On peut poser des questions fermées, mais pour, par exemple, s’assurer d’avoir compris. « Vous venez de dire… c’est bien ça ? Ai-je bien compris ? » La réponse pourra être « oui » ou « non » mais elle invite l’autre à en dire plus, à développer. Les questions fermées sont au service de la stratégie. Chercher à comprendre, sans interpréter. La reformulation est un outil adapté. Chez l’interviewé, elle contribue également à éprouver le sentiment d’être (enfin) compris, renforçant ainsi la synchronisation des deux acteurs. C’est le résultat de l’empathie.

Il convient de repérer les évocations des besoins et des croyances, ce qui pousse, non consciemment, à faire. Lorsque c’est le cas, le questionnement socratique consiste à pousser toujours plus loin le questionnement en invitant à poursuivre le raisonnement. « Vous me dites que vous avez fait ça pour… en quoi est-ce important pour vous ? Est-ce un besoin ? Pouvez-vous m’en dire plus ?« 

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Durant la verbalisation, il convient de repérer également les paradoxes. Les croyances entraînent les paradoxes. Le repérage des paradoxes met en lumière les croyances qui révèlent qu’elles ne se basent pas sur la réalité, mais sur une vérité construite et sans cesse confortée par les stratégies cognitives. Bousculer les croyances par la mise en lumière des paradoxes est source de prise de conscience de son fonctionnement.

Conclusion

En conclusion, le questionnement socratique permet à l’interviewé de passer de sa vérité à sa réalité. La vérité est issue des croyances ancrées. Les croyances sont un mécanisme qui déforme la réalité dans le but de vivre avec la réalité, qui parfois est difficile à vivre. Les croyances sont un mensonge qu’on se fait à soi-même. Maintenant que le questionnement socratique a permis la mise en lumière de la réalité, quelle est la perspective ? Le questionnement socratique ne se réduit pas à la remise en conscience de l’enfoui, mais à la mise en perspective, avec la question du style « et maintenant… vous en faites quoi de tout ça ? » Et c’est reparti pour un tour ! On enchaîne sur des « et si… » par exemple « et si vous vous permettiez de… ça donnerait quoi ?« 

Le questionnement socratique n’a pas de fin. Ce qui est vrai aujourd’hui est à requestionner demain. Le questionnement socratique est une boucle sans fin parce que le développement personnel l’est tout autant. Cela vous donnerait-il envie d’en savoir plus sur vous ? Contactez-moi.