Tout, absolument tout ce que fait l’Homo sapiens allie, en même temps, le meilleur et le pire. C’est l’un des nombreux enseignements de la Spirale Dynamique. La créativité débordante qui émerge de la pensée humaine n’échappe pas à ce principe. D’où vient cette spécificité qui nous différencie du règne animal ? Quelles sont les conséquences d’une telle particularité ? Si la pensée humaine représente une menace pour notre évolution, comment éviter qu’elle ne se retourne contre nous-mêmes ? C’est ce que je vous propose de voir aujourd’hui.

L’opportunité offerte par un cerveau créatif
Abordons d’abord la formidable opportunité que la nature a offerte à Sapiens en le dotant d’un cerveau créatif. Les premiers spécimens recensés de Sapiens, ceux de Djebel Irhoud au Maroc, datent de plus de 300 000 ans. Après sa révolution cognitive, il y a 70 000 ans, cette capacité a permis à Sapiens de quitter l’Afrique, coloniser la planète et éradiquer toutes les autres espèces d’hominidés. Rien que ça ! L’extraordinaire puissance de la pensée humaine a modifié la planète entière jusqu’à faire un bond sur la Lune.

Grâce à cette créativité, Sapiens est la seule espèce capable de modifier son contexte à une échelle planétaire. Cette transformation fulgurante ne date que de 12 000 ans, époque à laquelle Sapiens a définitivement quitté sa condition de chasseur-cueilleur. Voilà pour l’opportunité offerte par notre capacité cognitive. Mais, en à peine 12 000 ans, grâce ou à cause de Sapiens, la planète est méconnaissable. Passons maintenant à la menace qu’elle représente pour nous-mêmes.
La menace : une créativité aux conséquences imprévisibles
On a l’habitude de dire que l’être humain est unique, dans ses comportements, ses actes, ses pensées et ses idées. Dans son livre « Sapiens, une brève histoire de l’humanité », Yuval Noah Harari évoque cette spécificité, liée aux capacités de notre cerveau. Chaque espèce animale a ses propres comportements, figés dans ses gènes. Harari prend l’exemple des éléphants. Tous les troupeaux s’organisent selon un matriarcat. Vous ne trouverez jamais un troupeau dirigé par un mâle.
Toutes les espèces animales ont, dans leurs gènes, leur organisation collective immuable.
À l’inverse, depuis l’apparition de Sapiens, même à l’époque des tribus, les organisations sociales variaient d’un groupe à l’autre, parfois entre voisins distants de quelques kilomètres. Aujourd’hui, on appelle cela « les différences culturelles » ou « la diversité culturelle » suivant le niveau de conscience de celui qui analyse ces disparités. Ces dernière engendrent des comportements individuels et collectifs radicalement distincts. Et comme ces comportements diffèrent, ils génèrent incompréhension, puis hostilité, tant que chacun reste chez soi. Dès qu’un groupe empiète sur le territoire de l’autre, cela se termine en confrontation, en combats, en guerres, massacres, exterminations, etc.
En plus des gènes pour son évolution physiologique, Sapiens possède des « gènes d’évolution sociale », appelés Vmèmes dans le concept de la Spirale Dynamique. Pour en savoir plus, voir mon livre.
La créativité comme source de conflits
Dans un autre chapitre de son livre, Harari souligne une autre spécificité de Sapiens, à savoir sa « capacité à croire en ce qui n’existe pas » ce qui ouvre un champ de créativité infinie, mais évidemment conflictuelle, entre ceux qui croient et ceux qui ne croient pas. Il cite deux exemples historiques qui ont figé le monde dans des combats chroniques et sans fin : la monnaie d’abord, le premier ordre imaginaire créé par Sapiens, et ensuite les divinités, puis le Dieu unique qui ont engendré les religions. Mais là encore, il existe 3 Dieux uniques différents dans la tête des Sapiens qui ont engendré 3 religions différentes qui se combattent avec acharnement depuis des millénaires.
- La monnaie. Au début, les pièces étaient en métal précieux. Puis elles sont devenues du papier, puis des chiffres sur un compte bancaire. Aujourd’hui, votre employeur vous verse un salaire sous la forme d’une succession de chiffres, et vous échangez une baguette de pain avec votre boulanger contre des chiffres sur une carte de crédit. Ces chiffres n’ont de valeur que parce que nous y croyons collectivement. Chaque pays (ou groupement de pays) a sa propre monnaie, ce qui attise les conflits, chacun voulant imposer la sienne. Un exemple actuel : Le pétrole s’échange en dollars sur le globe. Pendant la guerre qui oppose aujourd’hui les États-Unis, Israël et l’Iran, ce dernier a proposé d’échanger son pétrole en yuan chinois. Si besoin était, une source supplémentaire de conflit.
- Dieu et les religions. Les religions monothéistes affirment qu’il faut y croire pour « voir » Dieu. Il n’existe que dans l’esprit de ceux qui y croient. Grâce, ou à cause de cette créativité, entre monothéistes, athées, agnostiques, bouddhistes, etc., il y a autant de croyances que d’individus. Résultat, ces différences attisent les conflits, les croisades, les massacres, comme l’histoire le montre depuis des millénaires.
Je n’ai pris que deux exemples, la monnaie et la religion, mais pour tous les sujets, la pensée humaine est à la fois extraordinairement créative et divergente. Prenez par exemple, la croisade des VERTS contre la science qui, pour eux, est LA responsable de la crise climatique, alors que la science pourrait aider à lutter contre le dérèglement climatique. Cette divergence de pensée induite par la créativité de notre cerveau provoque des combats chroniques qui entravent notre évolution.

Un paradoxe : évolution et blocage
La pensée humaine permet à la fois, l’évolution de notre espèce (technologie, médecine, art, culture) et en même temps, son propre blocage (guerres, inégalités, dégradation de la planète). Comme je l’écris en page 36 de mon livre :
« Non seulement l’Homo sapiens est capable de modifier son environnement à une vitesse telle que celui-ci ne peut plus s’adapter. Mais Sapiens lui-même a du mal à s’adapter à ses propres évolutions, qui s’accélèrent — ce qui le pousse à une révolution permanente ! »
Comment éviter que la menace ne se retourne contre nous ?
La Spirale Dynamique nous montre la voie. Elle se trouve dans la définition même de notre espèce : « Homo sapiens », que l’on peut traduire par « hominidé intelligent, prudent et sage ». C’est la sagesse qui nous permettra d’éviter les blocages récurrents de nos crises existentielles, ces combats stériles, coûteux en vies humaines et en régression.
Voici quelques exemples de sagesse pour franchir ce que Clare Graves (initiateur de la Spirale Dynamique) appelle « le saut majeur de conscience » :

- Accepter notre dualité. Puisque notre capacité cognitive est de nature à nous différentier radicalement dans nos comportements, nos actes, nos pensées et nos idées, il convient d’accepter individuellement que nous avons en nous le meilleur et le pire en même temps et que chez les autres, c’est rigoureusement la même chose ! Autrement dit et pour que ce soit plus clair, il convient d’accepter que chacun de nous porte le pire et que chez son pire ennemi, il y a le meilleur. La déclinaison opérationnelle de cette stratégie est l’écoute empathique. C’est à dire savoir comprendre la logique de l’autre, sans pour autant adhérer. C’est-à-dire comprendre ce qui l’amène à penser différemment et à croire en ce qui n’existe pas. La compréhension de la logique de l’autre est un début de sagesse. Je vais donner un exemple. Il est difficile à un athée de comprendre la croyance en un Dieu qui, pour l’athée, n’existe pas. Quelle qu’elle soit, la croyance est toujours la recherche de satisfaction d’un besoin. Par exemple, parce que la vie terrestre est trop dure, il faut croire en Dieu et à la vie éternelle, pour diminuer sa souffrance ici-bas. Dans ces conditions, on a besoin de croire pour donner un sens à sa vie. La question qu’on pourrait alors se poser est la suivante : Si nous atteignions le bonheur sur terre, aurions-nous besoin de croire en un Dieu ? On peut se poser cette même question pour d’autres croyances, comme le marxisme par exemple.
- Faire son examen de conscience, c’est-à-dire, lâcher ce qu’il y a de pire en nous pour n’offrir aux autres que le meilleur.
- Rechercher systématiquement le compromis pour « intégrer en même temps le meilleur de tous les contraires dans une tension créative » c’est la définition du niveau de conscience JAUNE de la Spirale Dynamique après le saut majeur de conscience que propose Clare Graves pour atteindre la sagesse.

Notre défi actuel : l’absence de compromis
Quand on observe, depuis deux ans, les débats à l’Assemblée nationale, on constate que la recherche du compromis n’est pas un objectif pour les députés. La Spirale Dynamique nous apprend que, tant que la crise existentielle n’est pas profonde, c’est-à-dire, tant que nos besoins vitaux sont satisfaits, nous sommes incapables d’utiliser pleinement notre sagesse.
En résumé
Notre créativité est à la fois notre plus grande force et notre plus grand danger. La sagesse, cette capacité à intégrer les contraires, est la clé pour éviter l’autodestruction. Mais pour y parvenir, il faut d’abord sortir des crises qui nous aveuglent.
