Sapiens, ton évolution va si vite que tu n’arrives plus à t’adapter toi-même !

Notre espèce Sapiens possède deux spécificités qui la distinguent radicalement de toutes les autres espèces. Pour paraphraser Yuval Noah Harari, sa première spécificité repose sur « ses croyances en ce qui n’existe pas et qui n’existe que dans la tête de ceux qui y croient. » Elle lui permet de s’organiser à l’échelle planétaire et de coopérer même entre individus qui ne se connaissent pas. Lire ou relire mon article de la semaine dernière.

La seconde spécificité, c’est sa capacité d’adaptation, sans égal. Pourtant cette force se transforme, en même temps, en impasse. Hier, l’Humanité modifiait son environnement à une vitesse telle que l’environnement lui-même et les autres êtres vivants ne pouvaient suivre. Aujourd’hui, c’est Sapiens lui-même qui peine à s’adapter à son propre rythme d’évolution. C’est ce que je vous propose de voir aujourd’hui.

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Une capacité hors norme de l’espèce Sapiens à s’adapter

Sa capacité d’adaptation le dote d’une plasticité comportementale remarquable. Elle repose sur :

  • son langage symbolique, facilitant la coopération, la transmission des savoirs et des techniques et donc la préservation des connaissances
  • son raisonnement abstrait lui permettant de résoudre des problèmes complexes, d’anticiper, de planifier et d’innover
  • sa transmission culturelle, accumulant et diffusant des savoirs, des techniques et des traditions d’une génération à l’autre, permettant une évolution bien plus rapide que la sélection naturelle
  • ses structures sociales diversifiées, de la tribu aux empires et jusqu’à la planète entière, organisant des milliards d’individus autour d’une division du travail et d’une répartition des ressources d’une efficacité inégalée.
Photo générée par l'IA à partir de WordPress
Photo générée par l’IA à partir de WordPress

L’illustration de cette adaptation fulgurante

Après sa révolution cognitive, il y a -70 000 ans, Sapiens quittait l’Afrique. D’un climat chaud africain, il s’est adapté à tous les climats de la planète et même les plus rigoureux, comme la Sibérie. Il a ainsi colonisé tous les écosystèmes pour lequel il s’est adapté, notamment pour son alimentation. Comme le précise Harari dans son livre Sapiens, cette adaptation a eu un coût pour tous les autres écosystèmes. D’abord, les 5 espèces d’hominidés présents depuis des centaines de milliers d’années avant Sapiens et qui ont coexisté un temps avec lui ont tous disparu après sa sortie d’Afrique. Alors que les plus grandes espèces de mammifères coexistaient avec d’autres hominidés depuis des centaines de milliers d’années, chacune de leur extinction coïncide avec l’arrivée de Sapiens sur leur territoire ; Australie, Sibérie, continent américain. Ce sont des faits avérés. D’après Harari, Sapiens est « un serial killer.«  Et cela ne date pas de la Révolution industrielle. Sapiens est une espèce invasive, c’est dans ses gènes d’évolution sociale.

L’anthropisation : un environnement modelé par Sapiens

Photo de Norbert Kundrak sur Pexels.com

Regardez la planète, il y a 2000 ans à peine, et ce qu’elle est devenue aujourd’hui. Sapiens ne s’adapte pas seulement à son milieu. Grâce à son intelligence, il le transforme radicalement pour répondre à ses besoins, souvent au détriment d’autres espèces.

Cette capacité, unique, s’appelle « l’anthropisation » c’est-à-dire « la transformation des écosystèmes pour répondre à ses besoins, parfois au détriment d’autres espèces. »

Sapiens marche aux besoins… et en crée sans cesse

Mais il y a pire que cela ! Notre intelligence génère des besoins inexistants il y a quelques générations. Le téléphone portable et l’intelligence artificielle en sont des exemples récents. Après 350 000 ans, sans, nous ne pouvons plus nous en passer.

Chaque besoin satisfait devient une nouvelle dépendance. Sapiens est incapable de revenir en arrière. Demandez à un agriculteur de quitter son tracteur climatisé pour une charrue tirée par des bœufs sous une chaleur de plomb ! Demandez à un voyageur de quitter son avion ou son train, pour le remplacer par des chevaux qu’il faut changer tous les 100 km dans un relai ! Il est déjà réticent à acheter une voiture électrique avec laquelle il sera contraint de s’arrêter tous les 400 km, le temps de sa recharge !

L’impact de la satisfaction compulsive de nos besoins

La révolution scientifique a éradiqué la mortalité infantile en occident et a allongé l’espérance de vie. La révolution industrielle a rendu la vie plus facile. Difficile de faire machine arrière. Et en même temps, notre activité humaine a un prix sur le dérèglement climatique, l’effondrement de la biodiversité et la pollution.  La vitesse de notre propre évolution est telle que nous avons maintenant nous-mêmes peine à nous adapter.

Notre foi aveugle en la science comme sauveur de l’Humanité nous rend naïfs. La nouvelle foi inconditionnelle en l’intelligence artificielle est révélatrice de cet aveuglement. Pourtant, ni l’une ni l’autre ne pourront inverser le courant El Niño ou restaurer des écosystèmes détruits ! Nous surexploitons les ressources et dégradons les écosystèmes à un rythme insoutenable. Ce qui pose aujourd’hui des défis inédits à notre propre survie. Nous courons vers un mur, les yeux bandés, incapables de freiner notre propre dynamique.

La Spirale Dynamique et nos impasses successives levées

À la fin du siècle dernier, Clare Graves, docteur en psychologie et initiateur de la Spirale Dynamique, avait modélisé cette succession d’impasses levées par l’imagination de nouveaux niveaux de conscience. Il avait donc prédit notre impasse et cette crise existentielle que nous vivons. Pour régler la crise existentielle de la société de consommation ORANGE, il pressentait le niveau d’existence VERT avec une préoccupation pour les générations futures et un retour salutaire à la préservation de la nature. Suivant la logique inexorable de notre évolution, il avait également prévu la crise existentielle que ce niveau d’existence VERT. Dans son concept de la Spirale Dynamique, chaque nouvelle vision du monde et système de valeurs associé règlent la crise existentielle du niveau d’existence précédent, mais en même temps en crée une nouvelle par son système de valeurs poussé à l’extrême.

Nous pressentons déjà la crise existentielle du VERT

Comment le niveau de conscience VERT, un système de valeurs tourné vers la nature, peut-il entraîner une crise existentielle et un blocage de l’Humanité ? C’est simple à comprendre. Comme chaque idéologie créée par Sapiens, l’écologisme doit imposer son dogme pour atteindre son paradis. Les mouvements écologistes radicaux (niveau VERT) en appellent à la rationalité (niveau ORANGE), mais imposent leurs dogmes (niveau BLEU) par des actions radicales (niveau ROUGE), créant ainsi une nouvelle crise existentielle.

Comme l’indique Jean-Paul Oury dans son livre « Greta a ressuscité Einstein » les adeptes du VERT au pouvoir prônent la collapsocratie, l’implosion du monde capitaliste de l’intérieur. Écoutez les slogans gouvernementaux comme « baisse, éteins, décale. » On consommera quand ce sera possible, en rognant sur nos besoins et si besoin par la contrainte ! Suivant la logique de l’écologie politique, les pouvoirs publics augmentent déjà artificiellement le prix de l’électricité en l’indexant sur le prix du gaz, pour contraindre la baisse de consommation. Inexorablement, le niveau d’existence VERT conduira au blocage de notre évolution par la baisse contrainte de la satisfaction de nos besoins. Il s’ensuivra évidemment une crise existentielle d’émancipation.

Comment sortir de ces impasses à répétition ?

La clé réside dans un saut majeur de conscience : le niveau JAUNE, qui « intègre, en même temps, le meilleur de tous les contraires dans une tension créative. » Comme l’écrivait Graves, il s’agit de dépasser les oppositions stériles pour inventer un nouveau paradigme.

Je vais reprendre une partie d’un paragraphe de mon livre « comprendre la Spirale Dynamique pour mieux l’utiliser.« 

« Par l’analyse de notre premier cycle d’évolution, Clare Graves trace la voie. À l’évidence, depuis notre Révolution cognitive, les six premiers niveaux d’existence présentent un handicap de méthode à l’évolution de l’Humanité. Certes, ils posent les bons diagnostics. Certes, ils ont apporté les bonnes réponses à nos crises existentielles. Mais, par ses excès qu’il n’arrive pas à contrôler à cause de son rapport excessif à ses besoins, l’Homo sapiens retombe systématiquement dans sa logique de combat.« 

Conclusion

Notre évolution est un paradoxe : chaque solution devient un nouveau défi. Le défi majeur que nous nous sommes nous-mêmes créé aujourd’hui est historique. Saurons-nous mettre notre intelligence au service de notre adaptation ou de notre disparition ? Pour y parvenir, il nous faut opérer un « saut majeur de conscience » qui consiste à sélectionner le meilleur de chaque idéologie pour inventer un futur dans lequel nous pourrons continuer à évoluer.