Régler une situation complexe par une solution simple ne bâtira pas une paix durable

Trump, pour des intérêts de business et de vengeance (voir mon article de la semaine dernière) et Poutine, pour des intérêts de restructuration militaire, ils se sont entendus pour une paix contrainte, à leurs conditions. C’est un bâton de dynamite posé dans une poudrière qui n’attend que la prochaine étincelle. S’entendent-ils pour un chemin commun à court terme avec des objectifs différents à moyen terme ? Ont-ils la même idéologie nationaliste et impérialiste qui les amène à s’entendre ? Ont-ils de l’admiration l’un pour l’autre ? Ou qui tient l’autre ? Même si elles se posent, je ne peux pas répondre à ces questions et je n’oserai pas m’y aventurer. Je vais plutôt m’intéresser à ce qu’ils proposent de concert pour traiter une question complexe. Quelle serait l’autre voie pour espérer une paix durable ?

Dans mon livre « Comprendre la Spirale Dynamique pour mieux l’utiliser » je formule la phrase suivante pour venir à bout et de manière durable d’une crise existentielle complexe : « intégrer le meilleur de tous les contraires en même temps dans une tension créative. » En quoi la tentative de règlement de la guerre en Ukraine par Donald Trump et Vladimir Poutine en excluant l’Ukraine et l’Europe ne répond pas à cette intention ? Comment les principes d’utilisation de la Spirale Dynamique pourraient aider à établir une paix durable ? C’est ce que je vous propose de voir aujourd’hui.

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En résumé, aujourd’hui Trump et Poutine s’accordent entre eux sur le partage de l’Ukraine sans associer les intéressés. La solution simple ne prend en compte que le pire du nationalisme impérialiste. C’est une solution simple qui par le passé récent a conduit à une autre guerre. À la fin de la Seconde Guerre mondiale aussi, les grandes puissances se sont partagées l’Allemagne et l’Europe. Elles ont même regroupé des peuples dans un même État, sans en référer aux intéressés, par exemple la Yougoslavie qui rassemblait artificiellement plusieurs peuples, entre autres les Slovènes, les Serbes, les Croates et les Bosniaques. Cet équilibre instable n’a tenu qu’avec la dictature communiste. La chute de l’impérialisme soviétique a conduit à une guerre meurtrière et l’éclatement de la Yougoslavie. Logique !

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Cet exemple montre deux choses. D’abord, qu’un problème complexe ne se règle pas par une solution simple qui ne fait qu’entasser des barils de poudre. Deuxièmement, qu’une solution simple ne peut pas prendre en compte l’intérêt de tous et qu’à la moindre étincelle, le problème complexe resurgit de manière encore plus exacerbée. Les conditions de création de l’État d’Israël et la guerre qui se poursuit depuis 77 ans l’illustrent aussi. Alors, et la Spirale Dynamique dans tout ça ?

Une solution simple telle que Trump et Poutine ont décidé d’appliquer ignore les principes de la Spirale Dynamique, que je vais rappeler brièvement. Si vous voulez en savoir plus, reportez-vous à mes nombreux articles sur le sujet et bien sûr à mon livre.

La Spirale Dynamique est d’abord un concept de l’évolution de l’Humanité

Elle permet de montrer que l’Humanité a évolué par étapes ou niveaux de conscience après systématiquement une « crise existentielle » vitale donc, durant laquelle les besoins n’étaient plus satisfaits. Un exemple. Les barbares du niveau d’existence ROUGE, sans foi ni loi, arrivaient dans une tribu, tuaient tout ce qui bougeait et se partageaient la récolte et le bétail. Ils ont provoqué ainsi une crise existentielle qui impactait la pérennité même de l’espèce humaine. Il a fallu y mettre des règles. Des précurseurs ont fait appel à une autorité supérieure, un Dieu unique, avec des commandements dont le 5e qui, a lui seul, réglait la crise existentielle du niveau ROUGE « tu ne tueras point » ! Dans ce cas, les précurseurs étaient les prophètes pour donner naissance au niveau BLEU des religions monothéistes avec des valeurs humanistes puis avec la coercition, l’inquisition et les croisades. Le meilleur et le pire en même temps. Et encore une crise existentielle, à la clé.

En réalité, chaque niveau de conscience avec son système de valeurs règle une crise existentielle, mais en crée une autre. Pourquoi ? Tout simplement parce que les niveaux de conscience, par lesquels l’humanité s’est transcendée, sont tous basés sur des idéologies. Voir le schéma ci-contre. Chaque niveau de conscience a donc en même temps le meilleur et le pire. Et les pires ne peuvent que se combattre, évidemment. Vous comprenez aussi que plus les niveaux d’existence s’empilent, plus le niveau de complexité augmente. Aujourd’hui, avec 6 niveaux de conscience qui se combattent tous les uns les autres, le niveau de complexité est à son comble. Chacun y va de sa solution simple pour régler la crise existentielle. Pour l’illustrer, j’en prendrai deux, prendre l’argent aux riches du marxisme ou renvoyer chez eux les étrangers du nationalisme, toutes deux des idéologies BLEUES qui s’appuient sur le dogmatisme et la dictature.

La Spirale Dynamique est ensuite un modèle d’accompagnement du changement

Par sa description de l’évolution de l’Humanité, la Spirale Dynamique montre que pour évoluer, Sapiens doit vivre une crise existentielle pour évoluer. Et qu’en plus, il faut qu’il se convainque qu’il est dans une impasse, après avoir utilisé les solutions simples, pour enfin raisonner et changer de vision du monde.

La seule solution pour régler une crise existentielle complexe, c’est « d’intégrer en même temps le meilleur de tous les contraires dans une tension créative. » Implicitement, ça exclut le pire de chacune des parties.

Revenons à la solution simple préconisée par Trump et Poutine qui se partage l’Ukraine. En résumé, après avoir envahi un pays souverain, Poutine prend la Crimée et les territoires conquis, et Trump prend les terres rares dont il a besoin. Solde de tout compte ! Basée sur un nationalisme impérialiste BLEU, brutal, assumé et partagé par les deux protagonistes, cette solution privilégie exclusivement les puissances dominantes et n’embrasse évidemment pas la complexité du conflit. Elle ne permet pas de transcender les intérêts de chaque partie, particulièrement de l’Ukraine, de l’Europe et de la paix du monde. Pour rappel, les deux guerres mondiales ont pris naissance en Europe.

Plutôt que de prôner une domination arbitraire, le règlement d’une situation complexe doit être COOPÉRATIVE en INTÉGRANT toutes les parties. Ignorer ces principes fondamentaux n’entraînerait qu’une paix de courte durée, parce qu’imposée par la contrainte. D’ailleurs, Hitler et Staline le savaient très bien quand ils ont signé le pacte de non-agression. Leur objectif commun était de gagner du temps, se refaire une santé militaire pour une confrontation ultérieure inévitable. Trump et Poutine seraient-ils dans la même dynamique ?

À la table des négociations, il convient de laisser au vestiaire l’ensemble des idéologies en « isme » ici le nationalisme, l’impérialisme et l’expansionnisme BLEU entre autres et se positionner dans un système de valeurs JAUNE, seul capable d’intégrer le meilleur de tous les contraires de manière systémique. Le JAUNE refuse le combat des pires. Il est centré sur l’objectif.

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La négociation doit s’inscrire sur la base de trois principes :

  • 1- la recherche d’une solution qui amène une paix durable en commençant par une trêve, puis un cessez-le-feu respecté.
    • Il faut rompre avec la logique de celui qui a raison et celui qui a tord, celui qui est l’ange et celui qui est le grand Satan. Du type « Zélinsky est un dictateur seul responsable de la guerre » et « Poutine est l’agresseur. » Ça, c’est une logique de guerre. La seule logique qui doit primer, c’est celle qui consiste à se recentrer sur un seul objectif, la recherche d’une paix durable en dehors des jeux de postures des pires. Le rapprochement des meilleurs des contraires est une posture JAUNE.
  • 2- pendant le cessez-le-feu, la négociation d’une paix durable s’établit par l’écoute des besoins de chaque partie, sans exception, qu’il s’agisse de l’envahisseur ou de l’envahi. Vous aurez noté que la négociation s’établit durant le cessez-le-feu, de manière à s’assurer qu’il peut être respecté dans la durée, au moins celle de la négociation.
    • Pour la Russie : l’absence d’intégration de l’Ukraine à l’OTAN, sa ligne rouge. Poutine ne semblait plus contre l’intégration de l’Ukraine à l’Europe
    • Pour l’Ukraine : la souveraineté de l’Ukraine face à la Russie selon « le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » un principe issu du droit international selon lequel chaque peuple doit disposer du choix libre et souverain de déterminer la forme de son régime politique, indépendamment de toute influence étrangère. Autrement dit, l’Ukraine n’est pas un territoire de la fédération de Russie qu’elle grignote à chaque guerre, la Crimée, puis le Donbass, etc.
    • Pour l’Europe : préserver la paix sur le continent européen, à long terme
    • Pour les États-Unis : récupérer son investissement réalisé pour mener la guerre
  • 3- et pour satisfaire tous ces besoins, il faut des garanties pour toutes les parties concernées et de devoirs. Les obligations respectives résultant de chaque décision et chaque action doivent être applicables et appliquées par chacune des parties prenantes, sans exception.
    • Figer la ligne de front sur ce qu’elle est aujourd’hui.
    • Poster des observateurs de part et d’autre, en Ukraine et dans les territoires ukrainiens conquis par la Russie, pour contrôler le respect du cessez-le-feu. Ces observateurs ne peuvent pas être issus de l’OTAN, la Russie n’en voudrait pas. Ces observateurs pourraient être issus de l’Europe, voire de l’ONU. Les Casques bleus sont là pour ça.
    • Toutes les parties concernées par l’intérêt de la paix doivent contribuer au contrôle d’une paix durable. Y compris donc les États-unis, qui ne doivent pas se désengager après avoir obtenu l’accord sur les terres rares du sol ukrainien, solde de tout compte. Une nouvelle guerre en Ukraine, compromettrait l’extraction des terres rares et rendrait caduque cet accord. Les États-Unis doivent donc contribuer au contrôle du maintien de la paix, d’une manière ou d’une autre. C’est donc aussi leur intérêt.

Alors, il est évident que les calibres d’un Trump et d’un Poutine, dans leur logique impérialiste qu’ils partagent, ne peuvent pas entendre un discours intégrant la complexité. À l’évidence, ils n’écoutent même pas ! Ils ne peuvent donc pas s’inscrire dans une logique d’intégration de la complexité de la situation. Ils ne voient que leur intérêt. La paix temporaire est une stratégie pour un autre objectif.

Dans ce cas, la solution doit faire l’objet d’un portage dans une instance ad hoc au-dessus des alliances, l’ONU par exemple, même si les États-Unis et la Russie sont membres permanents. Même si l’ONU ne semble plus opérationnelle, de fait, depuis l’invasion de l’Ukraine, un pays souverain, par la Russie. Ces actions doivent faire l’objet d’un grand renfort de communication médiatique. L’idée est de porter à la connaissance de la planète qu’une solution simple qui consiste à privilégier l’impérialisme ne peut constituer une solution durable. Il convient de montrer que « intégrer en même temps le meilleur de tous les contraires dans une tension créative » est la voie d’un règlement durable.

Il faut que ce soit pédagogique pour l’ensemble de la planète.

À force de montrer l’impasse constituée par les solutions simples qui n’intègrent que le pire finira bien par provoquer « le saut majeur de conscience » dont parlait Clare Graves, l’instigateur de la Spirale Dynamique.

Spirale Dynamique

2 commentaires sur “Régler une situation complexe par une solution simple ne bâtira pas une paix durable

  1. En général on ne veut pas voir une révolution de couleur lors de Maïdan en 2014, mais c’était ça (une spécialité US via des organisations sous camouflage), puis AVANT l’intervention de Poutine, Kiev a exercé une persécution sur la fraction de la population ukrainienne russophone et orthodoxe situé à l’est de l’Ukraine. Cette persécution a mené à une sécession de fait et une guerre intérieure de reconquête par Kiev de son territoire à l’est . La situation a perduré pendant des années où les USA ont accumulé des armements en Ukraine, cela a fait environ 14 000 morts ukrainiens sous les coups de l’armée ukrainienne. Finalement Poutine a choisi de défendre ces gens, un peu comme si les belges wallons était persécutés par les belges flamands ce qui donnerait à la longue l’envie aux français de défendre les belges wallons qui sont bien proches de nous… Les belges wallons ne sont plus français pour de vieilles raisons historiques mais il n’y a pas de différence avec la population française du nord de la France… Pour cette partie de l’Ukraine c’est pareil avec la Russie. Poutine est politiquement un agresseur qui a franchit une frontière, mais c’est aussi le défenseur d’une population opprimée et martyrisée, et il a mis longtemps avant de répondre à cette provocation voulue depuis longtemps par les USA dans le but d’affaiblir la Russie, faire chuter le gouvernement de Poutine puis diviser la Russie afin d’éviter de concurrencer la puissance US. La guerre en Ukraine faisant suite au coup d’état de Maidan est une manœuvre ponctuelle d’un plan géopolitique global des USA contre la Russie. J’ai aussi oublié de mentionner que les USA ont promis une non-extension de l’OTAN sous Brejnev: promesse non tenue, l’OTAN s’est largement étendu menaçant la Russie, ceci encore plus que la Russie lors de la crise des missiles de Cuba… Tout cela fait beaucoup de provocations toujours dans le plan de la géopolitique à long terme des USA. Trump cherche à casser ce cercle vicieux qui mène à de plus en plus de guerre. Vouloir la paix n’est pas répréhensible. Vouloir la guerre est un crime.

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    • Bonjour Frants999 merci pour votre commentaire. Vous l’aurez noté dans mon article, la paix est bien l’objectif, mais il faut y ajouter le qualificatif « durable. » Sinon, c’est une paix qui satisfait d’autres objectifs que la paix, business et restructuration militaire pour mieux repartir la prochaine fois. L’Histoire rappelle son implacable évolution à ceux qui oublient les erreurs du passé.

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