Dans cet article, je vous propose d’aborder les questions suivantes
- Quels sont ces différents domaines d’un modèle auxquels les personnes doivent avoir les mêmes représentations ?
- Sur quoi reposent ces représentations ? Et plus précisément, pour le modèle français ?
- Ces représentations seraient-elles figées ?
- Qu’est-ce qui fait évoluer nos représentations puis notre modèle social ?
- Comment les personnes garantes de la cohésion de leurs administrés doivent soit être vigilantes à maintenir le modèle en l’état, soit accompagner son évolution vers un nouvel équilibre stable ?
Si j’ai oublié des questions relatives à ce sujet, et j’en ai forcément oubliées, à vos commentaires.
Quels sont ces différents domaines d’un modèle auxquels les personnes doivent avoir les mêmes représentations ?
Quand on parle de modèle français, on pense spontanément au modèle économique et social, à la protection sociale, aux services publics au pluriel, au système de régulation de l’activité économique et à « l’exercice de la démocratie » en général puisque la démocratie est notre modèle actuel.

Vous voyez déjà qu’en évoquant « l‘exercice de la démocratie » chacun a sa représentation. Par exemple, la Corée du Nord est dénommée « république démocratique. » Lors des confinements dus à la crise de la COVID-19, certains y ont vu une mesure sanitaire rendue nécessaire, d’autres y ont vu des méthodes dictatoriales. Avec ces exemples, les textes qui régissent l’exercice de la démocratie sont une chose, la représentation que l’on en a, c’est tout autre chose. Tout dépend de quoi alors ? Tout dépend de son niveau d’existence et de conscience qui est régi par son système de valeurs. La Spirale Dynamique est un excellent outil pour caractériser le système de valeurs qui détermine les croyances, les représentations et les comportements induits. Je vous invite à regarder, ci-contre, un résumé très succinct et caricatural, je l’avoue, mais représentatif des différentes idéologies qui déterminent nos croyances, représentations et comportements.
On a l’habitude de scinder en deux parties les 6 premiers niveaux de conscience de la Spirale Dynamique. Les 3 premiers niveaux sont des modèles primitifs, ils ne permettent pas de bâtir une société organisée à grande échelle. Le BEIGE incarne le modèle de l’instinct de survie individuelle. Le VIOLET incarne le modèle tribal. Le ROUGE incarne le modèle des chefs de clans où règne le sans foi ni loi. Dans les 3 suivants, la société s’organise autour de règles et de lois pour un nombre toujours plus grand d’individus, jusqu’à la planète entière. Aujourd’hui, le BLEU incarne les modèles dogmatiques théistes et idéologiques non-théistes qui préparent un monde meilleur, demain, par la contrainte. On peut citer l’Iran et la Corée du Nord. L’ORANGE incarne les modèles basés sur des sociétés rationnelles pour la satisfaction des besoins individuels maintenant, comme les pays capitalistes. Le VERT incarne les modèles basés sur la préservation de l’environnement et l’absence de discrimination pour le bien-être des générations futures, demain.
Ces 6 niveaux d’existence, tous antagonistes entre eux, expliquent le niveau de complexité atteinte aujourd’hui avec des modèles radicalement opposés.
Sur quoi reposent ces représentations ? Et plus précisément, pour le modèle français ?
Elles reposent sur l’Histoire de France d’hier, sur les manuels d’Histoire écrits par celles et ceux qui ont leurs représentations, sur l’Histoire récente des français d’aujourd’hui, les faits marquants de l’Histoire, chacun les siens, les femmes et les hommes qui ont marqué l’Histoire, les croyances religieuses et philosophiques qui se sont transmis tout au long de l’Histoire. Vous voyez que dans ce domaine aussi, chacun a sa propre représentation. Prenez Napoléon par exemple. Certains y voient l’homme d’État qui régit encore et toujours, après plus de 200 ans, notre modèle français grâce aux codes qu’il a instaurés et qui sont toujours utilisés. À savoir, le Code civil, le Code de procédure civile, le Code de commerce, le Code d’instruction criminelle et enfin le Code pénal. Et ces codes sont bien spécifiques au modèle français. Prenez la transmission du patrimoine dans le cas d’un décès d’un aïeul, sans le savoir, Napoléon est toujours présent dans le bureau du notaire qui vous fait signer l’acte. C’est une composante de notre modèle. Par contre, certains réduisent Napoléon au chef d’État qui a réinstauré l’esclavage. Et pour cette action, il est à rayer de la mémoire collective. Suivant sa culture personnelle, on voit les faits de manière radicalement différente. Les représentations du modèle idéal peuvent être radicalement différentes.
Ces représentations seraient-elles figées ?
Nos représentations reposent aussi sur les courants de pensées qui circulent dans la société qui proviennent du niveau d’existence dans lequel le système s’inscrit. Je m’explique.
- Dans un système totalitaire, on réécrit l’Histoire du pays. C’est ce que Vladimir Poutine a fait pour rétablir le culte du petit père du peuple, le camarade Staline. Dans ces conditions, l’interprétation du passé est « strictement encadrée. » Dans une démocratie comme en France, la représentation de l’Histoire du pays dans lequel on vit est libre, son expression aussi, néanmoins, dans le cadre de la loi en vigueur. Par exemple, dans notre modèle français, l’antisémitisme a grandement évolué. Il y a 80 ans à peine, il était encouragé par le gouvernement de Vichy. Il ne fait même plus l’objet d’un droit d’expression aujourd’hui, c’est un délit traité par le Code pénal. Le modèle français évolue donc au gré de l’Histoire, des idéologies qui la traversent et de ce qu’on en fait. Et malgré le code pénal réaménagé en France, on voit resurgir les démons du passé. Rien n’est figé.
- Nos représentations du modèle français sont aussi fonction du niveau de conscience atteint par chacun de nous. Pour comprendre cela, il faut connaître le concept de la Spirale Dynamique, je vous invite à vous reporter à mon livre « comprendre la Spirale Dynamique pour mieux l’utiliser. » Je le résume. Depuis notre révolution cognitive il y a -100 000 ans, nous évoluons tous au travers d’étapes nommées « niveau de conscience » durant notre construction identitaire, durant notre enfance. Cette évolution de l’enfance jusqu’à l’âge adulte suit exactement les mêmes étapes que l’évolution de notre espèce Sapiens. Les « niveaux de conscience » sont en quelque sorte, notre ADN d’évolution sociale, BEIGE, VIOLET, ROUGE, BLEU, ORANGE, VERT. Par contre, suivant le contexte familial et donc culturel, à la sortie de l’enfance, on va rester « bloqué » sur le niveau de conscience de sa famille et donc sur un système de valeurs. Par exemple, le niveau de conscience BLEU, très dogmatique. Après avoir coupé le cordon ombilical avec la famille, on évolue plus ou moins suivant son contexte de vie. À son rythme, on poursuit, alors, son évolution dans la Spirale Dynamique. On dit qu’on va se « transcender » vers les niveaux de conscience suivants. Vous comprenez ainsi que pour un même contexte, suivant son niveau de conscience, on va le vivre de différentes façons, soit en accord, soit en adaptation, soit en totale en réaction. En exemple, un adolescent bloqué dans le niveau d’existence ROUGE, sans foi ni loi, n’appliquera pas les lois de la République et conduira une voiture sans permis ou une moto sans permis et sans casque. Son comportement est représentatif de son propre modèle dans le modèle français actuel fait de règles et de sanctions lorsqu’elles ne sont pas appliquées.
Qu’est-ce qui fait évoluer nos représentations puis notre modèle ?
Nos représentations du modèle français évoluent aussi si la société dans laquelle on vit est ouverte sur l’extérieur. Dans un contexte ouvert, les représentations, à savoir les courants de pensées, s’introduisent dans le débat d’idées. Si les personnes physiques entrent dans le système, elles amènent alors la confrontation d’un autre modèle. Le mot « confrontation » n’a pas pour moi une valeur négative. Dans un même contexte, on peut confronter des modèles différents sans conflit, ça s’appelle le débat démocratique. Les Dieux uniques différents dans la tête des Sapiens ont créé des croisades au moyen-âge. Aujourd’hui, on pourrait très bien vivre en paix avec des croyances différentes en Dieu dans un modèle laïque. C’était l’esprit de la loi de 1905, pour un modèle qui faisait évoluer le précédent, en intégrant le droit individuel à la religion de son choix et, en même temps, sans interférer avec l’espace politique collectif.
C’est particulièrement sur ce point que se révèlent les conservateurs, les réformistes et les révolutionnaires dont je parlais en introduction. Respectivement, on peut soit refuser catégoriquement tout apport, comme agrippé à son modèle. On peut aussi intégrer ce qui parait mieux chez les autres pour corriger le modèle, voire faire évoluer le modèle parce qu’il ne répond plus au contexte du moment. Et on peut aussi avoir l’intention d’imposer un autre modèle radicalement différent par la contrainte, en réaction violente. Citons les différentes religions et les idéologies qui se terminent toutes en « ismes » et qui sont toutes missionnaires à l’échelle de la planète en les caractérisant par les couleurs de la Spirale Dynamique. Capitalisme, marxisme, nationalisme, écologisme, wokisme, etc. et tous les « isme » religieux. Ils sont tous en opposition radicales les uns avec les autres.
Comment les personnes garantes de la cohésion de leurs administrés doivent soit être vigilantes à maintenir le modèle en l’état, soit accompagner son évolution vers un nouvel équilibre stable ?
Là encore, la Spirale Dynamique nous aide. Pour se transcender d’un niveau d’existence à l’autre, d’un système de valeurs à l’autre et d’un modèle à l’autre, l’Homo sapiens passe par 4 phases. Si on regarde l’évolution de l’Humanité, c’est une constance. Pourquoi ? Parce que c’est une caractéristique du fonctionnement de notre cerveau. J’en ai écrit un article. Pour plus de détail, je vous invite à vous y reporter. Lorsque les individus viennent de changer pour un nouveau modèle parce qu’il répondait à leurs besoins, on appelle cette phase alpha. Autrement dit, tout va bien, les individus satisfont leurs besoins. Dans l’application du modèle, surviennent alors des inconvénients qui viennent perturber la satisfaction des besoins. L’Homo sapiens a une spécificité, sa capacité d’adaptation, alors il s’adapte. On l’appelle la phase beta. Puis, la situation se dégrade. Le modèle ne répond plus à de nouveaux besoins qui émergent, les individus plongent dans le creux gamma, rien ne va plus, c’est la crise existentielle. C’est dans cette phase de trouble profond que les idéologies populistes et radicales foisonnent. Le cerveau de Sapiens privilégiant toujours les solutions simples, elles font généralement mouche. Par exemple, il suffit soit de faire payer les riches, soit de renvoyer les étrangers chez eux pour éradiquer tous nos problèmes d’existence. Dans cette situation d’impasse, émerge alors des précurseurs, des femmes et des hommes qui déterminent un autre système de valeurs, un autre modèle qui fait son chemin. C’est le saut de conscience delta. Et lorsque le nouveau modèle a réuni un nombre significatif de personnes qui y adhèrent et que la déclinaison d’application est réalisée, les individus se repositionnent dans la phase Alpha. Tout va bien… et ainsi de suite, jusqu’à la crise existentielle suivante.
J’attire votre attention sur un point essentiel de l’accompagnement du changement. Pour changer de modèle, il faut être dans une situation de crise existentielle. Il faut que l’adaptation puis le test infructueux de solutions simples et populistes aient amené à une impasse, pour que le saut de conscience entraîne l’adhésion à un autre modèle de nouveau stable.
Comment procéder ?
Pour cela, il faut commencer à rechercher le plus petit dénominateur commun entre les différentes représentations qui s’opposent. Dans le contexte à l’Assemblée nationale, ces derniers jours, on a vu pointer un début de commencement d’amorçage de cette idée que je traduirais par « le budget ne nous satisfait pas, mais il faut un budget à la France. On ne votera donc pas la censure. » Après l’intégration de certaines demandes de l’opposition dans le budget du gouvernement, c’est un bon début d’un pas vers l’un et un pas vers l’autre.
Il convient maintenant d’identifier ce qui, dans le modèle actuel, ne répond plus au contexte et aux problématiques du moment et du quotidien des Français.
J’en énumèrerai quelques-uns, en vrac, sans hiérarchie.
- l’état des services publics,
- l’emploi, les rémunérations, le chômage, le pouvoir d’achat, l’inflation, les inégalités,
- le prix de l’énergie,
- l’immigration, les flux migratoires,
- la fin de vie,
- les dépenses publiques de l’État en général, de la Sécurité sociale en particulier,
- la transition énergétique, la souveraineté énergétique, économique et géopolitique de la France,
- la constitution de la Vème République et les modes de scrutins,
- l’intelligence artificielle,
- les discriminations en général, le racisme, le sexisme, l’égalité homme/femme,
- la nationalité et la citoyenneté,
- la violence, l’insécurité, la criminalité, la police, la justice,
- l’agriculture,
- le financement des retraites,
- les impôts des particuliers,
- la fiscalité des entreprises,
- le système de santé,
- la transition écologique,
- le changement climatique,
- l’éducation, l’école, la formation professionnelle,
- la défense nationale,
- la place de la France dans l’Europe,
- l’intégration,
- la simplification administrative,
- l’organisation de l’État et des collectivités locales, la décentralisation,
- votre proposition de priorité qui manquerait selon vous dans cette liste : …………………………………..
Je vous propose de vous exprimer de manière anonyme dans un questionnaire. À partir de cette liste de 25 thématiques, je vous propose de les classer par ordre de la plus importante à la moins importante, selon vous. Seules les 10 premières priorités que vous aurez classées seront retenues.
Un référendum ? Si oui, comment, à l’initiative de qui, sur quoi ?
Lors de ses voeux, monsieur le président de la République a évoqué la possibilité d’un référendum. Par principe, l’initiative du référendum n’appartient pas au peuple souverain, suivant l’article 3 de la Constitution. Il revient au chef de l’État.

Depuis la révision de 2008, il peut prendre la forme d’un RIP, référendum d’initiative partagée, à l’initiative d’un cinquième des membres du Parlement (116 députés), soutenu par un dixième des électeurs inscrits (un peu plus de 4,9 millions d’électeurs !) Il peut porter sur l’organisation des pouvoirs publics, sur des réformes relatives à la politique économique, sociale ou environnementale de la nation et aux services publics.
Au regard de la cacophonie ambiante et pour y voir clair sur les priorités à donner, il serait nécessaire de consulter les Français sur la hiérarchie qu’ils établissent entre les différents enjeux que j’ai cités ci-dessus. Un référendum de ce type n’est pas possible. C’est dommage, parce que cela aurait pour intérêt de concentrer l’action des élus nationaux sur les priorités identifiées par les Français. Cela éviterait aux partis de s’opposer sur leurs thèmes favoris, faire payer les riches pour les uns ou renvoyer les étrangers chez eux pour les autres, pour faire court. Ils s’opposeraient, alors, sur les solutions concrètes pour traiter les priorités identifiées par les Français. Autrement dit, on aurait franchi une étape à l’Assemblée nationale, on passerait ainsi du jeu des postures de l’enchaînement des motions de censure au concret sur les priorités identifiées directement par le peuple. Et évidemment, les différents partis vont s’opposer sur leurs solutions en « isme. » Alors, comment faire pour éviter l’impasse actuelle ?
Que nous dit la Spirale Dynamique, dans la complexité que nous avons nous-mêmes créée ? Dans chaque « isme » il y a en même temps le pire et le meilleur. La Spirale Dynamique nous apprend que les 6 premiers niveaux d’existence ne peuvent que se combattre. La seule manière d’en sortir c’est de « n’intégrer en même temps que le meilleur de tous les contraires dans une tension créative. » C’est un nouveau modèle, JAUNE, à transcender. Comme le disait Clare Graves, l’initiateur de ce modèle, ça nécessite un saut majeur de conscience à accompagner.
C’est dans cet état d’esprit que pourra se bâtir le nouveau modèle français.
Pour finir, nous avons une mémoire de poisson rouge ! Nous avons oublié bien évidemment notre histoire récente. La loi de 1905, les différentes constitutions qui se sont enchaînées et la loi sur l’avortement ont accouché dans la douleur, avec des oppositions fortes. Après ces crises existentielles du creux gamma, le saut de conscience delta a permis de retrouver la stabilité alpha dans un nouveau modèle. Alors, ayons confiance. Les crises existentielles ont toujours été salutaires dans l’Histoire de l’Humanité. C’est à ceux qui accompagnent le changement de faire en sorte que la crise soit la plus courte possible, en analysant la situation de manière pragmatique. C’était mon intention dans cet article. Si j’y ai contribué, tant mieux.
Sinon, à vos propositions et commentaires.
