En ce début de XXIe siècle, la période de crises, au pluriel, que nous traversons nous amène à nous combattre, avec chacun sa propre croisade. En plus des dogmes et croisades théistes, les dogmes non-théistes du XXe siècle, comme le marxisme et le nationalisme, se portent bien et entraînent des luttes sans fin. Et comme si cela ne suffisait pas, d’autres voient le jour au XXIe siècle, écologisme et wokisme par exemple. On a de quoi se déchirer, plutôt que de mettre en commun nos énergies individuelles pour un objectif partagé.
Dans ce contexte et cette semaine, on célèbre la résurrection de la cathédrale de Notre Dame de Paris après avoir sombré dans les flammes de l’enfer, il y a 5 ans. D’où mon questionnement aujourd’hui, est-ce la résurrection de Notre Dame ? Ou est-ce la résurrection d’un engagement commun pour quelque chose qui nous dépasse, bien au-delà de luttes intestines ? Comment un lieu de culte d’une religion deux fois millénaire peut-il renaître de ses cendres aussi rapidement et dans cet état de majesté ? Est-ce la foi en Dieu qui a permis ce miracle ? Comment des gens qui pourtant ne croient pas à la même chose ont-ils mis de côté leurs déchirements ? Comment ont-ils pu accomplir ce miracle ?

Je comprendrai que sa croyance en Dieu puisse expliquer le miracle, c’est respectable. Néanmoins, je n’ai pas besoin de faire le point, mais je suis sûr que tous les acteurs de ce miracle n’étaient pas tous animés par la croyance en Dieu. Pour moi, leur engagement dépasse la réparation d’un lieu de culte. Alors comment, ce qui paraissait inimaginable dans le contexte actuel est devenu réalité. Quelle leçon pourrions-nous en tirer pour d’autres objectifs ? Par exemple fournir un budget de fonctionnement à la maison France ? C’est ce que je vous propose de voir aujourd’hui.

J’ai récemment publié un article dont le titre était « Exercez-vous un métier ou un art ? Tailleur de pierres ou bâtisseur de cathédrales ? » Je vous invite à le lire ou le relire, parce que c’est, à mon sens, fondamental sur le résultat obtenu sur Notre Dame. Je m’explique.
Vous l’avez compris, je laisserai de côté l’engagement issu de sa croyance en son Dieu qui permet de se dépasser. Je vais plutôt m’attacher aux non-croyants qui se sont mobilisés. Pourquoi ce sont-ils engagés à ce point ? Qu’est-ce qui les a animés ? Et puis, est-ce la beauté de Notre Dame que nous devons célébrer aujourd’hui ? Où, au travers de cette beauté, est-ce le jus de cerveau, l’huile de coude, l’engagement collectif et les sacrifices individuels de celles et ceux qui ont tenu la pelle, la serpillère, la truelle et le marteau que nous devrons célébrer ? Au regard de l’ampleur de la tâche, les réunions de chantiers ont dû être animées, avant que soient prises des décisions stratégiques et opérationnelles ! Alors, comment a-t-on pu fédérer et coordonner ces énergies individuelles pour les décupler collectivement ?
Oui, il aura fallu un leader. C’est nécessaire, mais pas suffisant. Si vous posez la question aux différents compagnons, je suis sûr qu’ils auront tous une réponse, leur réponse à leur engagement individuel.
Le travail que chacun allait réaliser était le prolongement de ce qui les animait intérieurement et individuellement.
Mais ils avaient tous le même objectif qui faisait sens à l’engagement de chacun. Pour les uns, ressusciter Notre Dame, c’était contribuer à perpétuer aux générations futures l’Histoire de France qui était passée entre ses murs. Pour d’autres, c’était la beauté de la charpente reconstruite, un vitrail restauré, un bas-relief renaissant d’une épaisse couche de suie pour que ceux qui viendront puissent continuer à l’admirer pour seule la beauté des yeux. Pour d’autres encore, c’était l’opportunité d’apprendre, et réapprendre même, des techniques oubliées etc. Chacun a eu sa propre flamme intérieure. Mais chacun a eu le même objectif commun, la résurrection de Notre Dame qui les dépassait. Cette idée contribue au don de soi et au dépassement de soi, sur quelque chose qui nous dépasse et qui donne un sens à son action et à sa vie.
Avant de prolonger le raisonnement et conclure, je leur souhaite de retrouver rapidement un autre objectif qui fait sens. Sinon, après avoir atteint ce type d’objectif a priori inatteignable, qui a mobilisé toutes les minutes de ces 5 dernières années, ils vont vite ressentir un manque.

Est-ce transposable à tous les objectifs que nous nous fixons collectivement ? Lorsqu’on n’arrive pas à se mobiliser collectivement pour un objectif commun, par exemple un budget pour la France, c’est qu’on est tous centrés sur un autre objectif personnel, chacun le sien. Aujourd’hui, ce qui anime les parlementaires n’est pas le budget de la France. Ce qui les anime, c’est une revanche pour les uns, c’est un dogme pour les autres, c’est l’organisation du chaos pour d’autres etc. Qu’est-ce qui émerge alors de cette situation ? Le pire de chacun ! Nous avons tous, sans exception, le pire et le meilleur en nous. Dans la situation que nous vivons à l’Assemblée nationale, le budget de la France n’est pas un objectif, c’est un prétexte. S’exprime alors de pire de chacun des protagonistes. C’est sans fin et c’est une impasse.
Alors que, pendant qu’on est tous centrés sur un objectif commun pour lequel chacun y trouve ce qui est important pour soi, on n’a pas le temps de penser à nos croyances qui nous opposent, à nos croisades et à se faire la guerre. Dans cette situation, chacun apporte le meilleur de soi. Et le résultat est un miracle, à coup sûr.
C’est l’idée que je défends dans la conclusion de mon livre « comprendre la Spirale Dynamique pour mieux l’utiliser. » Nous sommes arrivés à un tel niveau de complexité que tout nous oppose. Pour en sortir, nous devons « intégrer en même temps le meilleur de tous les contraires dans une tension créative. » Après avoir modifié à ce point notre contexte, la planète et la biodiversité, nous devons nous recentrer sur une question « pour quoi faire, nous, Sapiens, nous sommes là ? » Pour quoi faire et non pourquoi ! Si nous arrivions à nous recentrer sur quelques objectifs communs comme notre évolution en préservant la planète et la paix, sans dogme et sans croisade, je suis sûr que la diversité de talents des 8 milliards d’êtres humains ferait des miracles. Il suffit de regarder l’actualité mondiale aujourd’hui, à l’évidence, nous avons choisi nos différentes croisades. C’est assurément une impasse. Tant qu’on n’aura pas compris que les dogmes et les croisades sont une impasse, on restera planté là ! C’est le constat que faisait Clare Graves, l’initiateur de la Spirale Dynamique, dans son article « Human nature prepares for a momentous leap » dans le magazine The Futurist paru en 1974. Ça ne tient qu’à nous de faire le « saut majeur de conscience » dont il parlait.

Alors, pour se mobiliser collectivement vers un objectif commun, à la hauteur de celui des compagnons qui ont ressuscité Notre Dame, on commence quand ? Et on procède comment ? Qu’est-ce qu’on garde et qu’est-ce qu’on lâche ? À vos commentaires.
