Aucun changement possible sans un contexte favorable.

Photo de Karolina Grabowska sur Pexels.com

Tout d’abord, je vous souhaite à tous et à toutes une année … comment dire … dans ce contexte pour le moins perturbé dans de nombreux domaines ! Une année qui vous apporte la satisfaction de vos besoins vitaux. Ce sera déjà bien !

Et c’est cette idée qui m’a conduit à écrire mon premier article de l’année 2023. Parfois, pour satisfaire nos besoins, il faut changer. Changer de vision du monde, changer de système de valeurs. Mais tout le monde sait que le changement est souvent difficile, que le chemin est long. Alors qu’est-ce qu’il faudrait pour rendre le changement possible, réalisable, voire facile ? Qu’il s’agisse de changement de soi-même, d’un individu avec qui on vit, d’un groupe d’individus avec qui on a des relations interpersonnelles, d’une entreprise, d’un état, du monde … Il convient d’abord de comprendre comment Sapiens fonctionne pour se mettre en mouvement. Et ensuite comprendre ce qui lui a permis de changer depuis que notre espèce existe, il y a 350 000 ans. C’est ce que je vous propose de voir aujourd’hui.

Pour la conduite du changement, je me réfère souvent à un concept qui permet de comprendre comment Sapiens change soit individuellement soit collectivement. Ce concept, c’est la Spirale dynamique de Clare Graves que j’ai déjà décrit dans un article que je vous invite à lire ou à relire Le conflit intérieur permanent, valeurs individuelles et valeurs collectives Alors que nous dit ce concept ?

D’après Clare Graves, Sapiens a évolué depuis 100 000 ans par des étapes successives. Il appelle ça des niveaux d’existence dans chacun desquels Sapiens a eu un système de valeurs et une vision du monde. Le monde occidental est aujourd’hui entre le 5ème et le 6ème niveau d’existence. Pour résumer, entre le monde ORANGE de la société de consommation et le monde VERT de la préservation de la planète. Dans son concept, Clare Graves nous dit que Sapiens ne change de niveau d’existence, de systèmes de valeurs et de vision du monde qu’après une crise existentielle. C’est à dire une crise dans laquelle Sapiens ne satisfait plus ses besoins vitaux et qui touche à la pérennité même de l’espèce humaine. J’en donnerai un seul exemple. Lorsque les hordes sauvages, sans foi ni loi, faisaient des ravages dans l’espèce humaine, Sapiens a compris qu’il fallait mettre de l’ordre dans tout ça, un ordre qui s’applique à tous. Les niveaux d’existence précédents avaient donné le pouvoir à un chef de tribu, puis à un chef de meute. Il fallait donc que le pouvoir émane d’une autorité supérieure. Sapiens a alors créé Dieu, un Dieu unique parfait, vers qui il faut tendre pour mériter le paradis céleste. En écrivant les commandements de Dieu, notamment le 5ème, « tu ne tueras point » Sapiens a changé de niveau d’existence, de système de valeurs et de vision du monde. En écrivant la loi « tu ne tueras point » il a ainsi réglé sa crise existentielle par un autre niveau d’existence, par d’autres valeurs. Et … ainsi de suite…

Bien avant Clare Graves, 30 ans avant, Albert Einstein le disait déjà, « Aucun problème ne peut être résolu sans changer le niveau de conscience qui l’a engendré. » C’est à dire que chaque niveau d’existence crée sa propre crise existentielle qui ne peut pas être réglée par ce niveau d’existence. Pour changer, Sapiens doit alors inventer un nouveau système de valeurs et une autre vision du monde, mais il faut un contexte. Détaillons alors comment Sapiens s’y prend pour changer.

  • D’après ce que nous venons de voir, lorsque Sapiens vient de changer de niveau d’existence, il a réglé sa crise existentielle. Il satisfait alors tous ses besoins. Tout va bien. Sapiens n’exprime donc aucun besoin de changer. Nous appellerons cette étape ALPHA.
  • Puis des difficultés d’abord et des problèmes d’existence ensuite surviennent issus du niveau d’existence, du systèmes de valeurs et de la vision du monde du moment. Comme c’est le niveau d’existence qui les a créé, Sapiens ne peut pas les régler. Mais Sapiens a une capacité spécifique, c’est de savoir s’adapter pour satisfaire ses besoins vitaux. Il s’adapte, tant bien que mal. Nous appellerons cette étape BÉTA. A titre d’exemple, je prendrais notre niveau d’existence actuel issu des 30 glorieuses avec la société de consommation. Notre niveau d’existence pille les ressources terrestres et influe sur le réchauffement climatique. Sapiens s’adapte, sans changer de niveau d’existence. C’est trop tôt pour le faire. Le contexte n’est pas favorable au changement.
  • Jusqu’au jour où, les problèmes d’existence provoquent une crise majeure, une crise existentielle qui menace la pérennité même de l’espèce humaine. Je prendrais la crise qui résulterait de la migration de milliards de Sapiens contraints de quitter leur lieu de vie parce que le réchauffement climatique est tel que la température et l’hygrométrie ne permettent plus de survivre et parce que l’eau des océans a remplacé leurs terres. Nous appellerons cette étape le creux GAMMA. Plus rien ne va. C’est une période de forte incertitude et de déprime. Sapiens cherche une porte de sortie. La crise existentielle est salutaire ! Nous y reviendrons juste après, parce que la clé du changement est là ! Dans la crise existentielle !
  • Dans ces conditions, Sapiens doit changer de niveau d’existence, de système de valeurs et de vision du monde pour régler la crise existentielle. Dans l’exemple précédent, c’est ce qui a donné naissance au mouvement VERT de préservation de la planète, de la biodiversité et donc de l’espèce humaine. Nous appellerons cette étape le saut DELTA. C’est un saut de conscience opéré par Sapiens pour régler sa crise existentielle. Il lui faut changer de système de valeurs et vision du monde pour satisfaire ses besoins vitaux et régler sa crise existentielle.
  • Et une fois qu’il a changé de niveau d’existence, de fait, ses besoins vitaux sont de nouveau satisfaits, Sapiens revient à l’étape ALPHA. Et ainsi de suite… l’histoire se répète, c’est ce que nous apprend Clare Graves.

Revenons plus précisément au creux GAMMA parce que c’est la clé de la conduite du changement. Parce qu’avant le saut delta, parce qu’avant de changer, Sapiens passe par une étape, toujours la même qu’il ne faut surtout pas l’ignorer !

Il faut se référer au fonctionnement du cerveau de Sapiens. Il va toujours au plus simple, non pas par fainéantise, mais parce que le cerveau de Sapiens est l’organe qui pourtant ne représente que 2% du poids du corps mais qui consomme 20% de l’eau, 20% de l’oxygène, 20% de sucre, nuits et jours. Il va donc au plus simple en priorité par souci d’économie d’énergie, il est programmé pour ça. Et pour régler sa crise existentielle, Sapiens va au plus simple. Sapiens va rechercher les solutions du passé qui lui ont permis de régler les crises précédentes. Mais à l’évidence, elles ne règleront pas cette crise spécifique. Prenons un exemple. Pour régler les crises migratoires, certains pensent aujourd’hui à ériger des murs, comme les chinois avaient érigé la grande muraille de Chine pour faire face à l’invasion des barbares. Cette étape qui consiste à essayer les solutions du passé n’est surtout pas à écarter. Pour se persuader que les solutions du passé ne règleront pas la crise existentielle actuelle, il faut que Sapiens essaye. Autrement dit pour que le saut de conscience DELTA s’opère, il faut un contexte favorable à savoir une crise existentielle profonde ET en être arrivé à l’idée qu’on a tout essayé et donc qu’il ne reste plus qu’à inventer une autre vision du monde et un autre système de valeurs. C’est à dire un nouveau niveau d’existence.

Prenons encore une fois un exemple. En entreprise, lorsqu’il y a une grève, on entend souvent « la direction laisse pourrir la grève. » C’est dans la crise existentielle que la solution va émerger. Mais il faut du temps pour que la crise devienne profonde. Plus la crise sera profonde, plus vite le consensus va émerger, plus vite la solution va émerger. Plus il y a de chaleur, plus vite le fruit murit, plus vite il tombe de l’arbre. Tout seul, sans effort. Naturellement.

Photo de Rosemary Ketchum sur Pexels.com

Quand je dis qu’aucun changement n’est possible sans un contexte favorable, ne revient pas à dire qu’il faudrait attendre un contexte favorable pour rendre le changement possible. La spécificité de Sapiens c’est d’avoir la capacité d’avoir changé lui-même son contexte. Regardez, dans le règne animal, des sociétés qui fonctionnent très bien, les fourmis, les abeilles. Depuis des centaines de milliers d’années, leur société n’a pas changé radicalement. Leur société respective fonctionne très bien, mais elles n’ont pas modifié leur contexte. Par contre si le contexte change, c’est l’espèce de fourmi ou d’abeille qui s’adaptera le mieux au changement qui survivra, et ainsi de suite. Si vous regardez le Sapiens qui vivait il y a 100 000 ans en Afrique et celui qui vit aujourd’hui, il vit dans des sociétés radicalement différentes, en ayant lui même façonné le changement de son contexte. Chez Sapiens aussi, l’individu qui ne s’adapte pas au changement ne survit pas. Mais à la différence du règne animal, grâce à son cerveau élaboré, Sapiens sait modifier son contexte dans lequel il évolue.

Photo de SHVETS production sur Pexels.com

Saisissez-vous l’intérêt ? L’intérêt de modifier le contexte pour favoriser le changement ? Vous parents qui accompagnez le changement de votre enfant de sa naissance à l’âge adulte ? Vous chef d’entreprise qui accompagnez le changement de vos salariés de la naissance de votre entreprise jusqu’à sa maturité ? Vous élu qui accompagnez le changement de vos administrés ? Etc. Etc. C’est à vous de créer les conditions du changement et le contexte favorable. Ne craignez plus les crises traversées par ceux que vous accompagnez ! La crise existentielle est salutaire. Plus la crise est profonde, plus vite elle se résoudra. Néanmoins, il convient de laisser ceux que vous accompagnez essayer les solutions du passé pour se persuader qu’elles sont inefficaces. En faisant preuve d’écoute active et d’empathie, vous créerez le contexte favorable pour le changement.

Si vous avez besoin d’accompagnement, pour votre conduite du changement, contactez-moi.

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